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lundi 3 septembre 2018

BURNING

Résultat de recherche d'images pour "burning lee chang dong"
Synopsis Lors d’une livraison, Jongsu, un jeune coursier, retrouve par hasard son ancienne voisine, Haemi, qui le séduit immédiatement.  De retour d’un voyage à l’étranger, celle-ci revient cependant avec Ben, un garçon fortuné et mystérieux. 

Critique Le nouveau film de Lee Chang Dong peut apparaitre au premier abord complètement anecdotique. En effet, dans les premières minutes, le réalisateur s'attarde à des scènes en apparence anodines, banales, quotidiennes, qui ne font guère avancer l'histoire (une livraison, des rencontres, un dîner au restaurant). Pourtant, dès les premières scènes, un envoûtement s'installe. Le réalisateur parvient haut la main à captiver le spectateur par une étrangeté qui englobe tout le film. C'est d'abord un remarquable portrait de la fascination qu'exercent les personnages les uns sur les autres. Le spectateur, sachant peu de choses sur chaque protagoniste, se retrouve dans la même situation de Jongsu : il admire deux individus. On cherche à déceler les mystères que constituent Ben & Haemi. Ils sont à la fois capables d'être proches de Jongsu, de se livrer de manière très intime, et en même temps ils s'avèrent insaisissables, indéchiffrables. La beauté innocente, sensuelle et gracieuse de Haemi hypnotise aussi bien Jongsu et Ben que le spectateur. Le charme élégant et supérieur de Ben ensorcelle Haemi et Jongsu tout comme le spectateur. 

Ah-In Yoo in Beoning (2018)

De cette fascination nait aussi un malaise : Ben et Haemi sont à la fois rassurants et attachants mais aussi menaçants car imprévisibles. En effet -c'est là l'intelligence du scénario- Lee Chang Dong parvient à saisir le spectateur dans le présent, à le manipuler. Il fait mine de créer de fausses pistes - qui sait si elles sont vraies- et d'embrouiller le spectateur, à l'image du héros, complètement perdu entre ses pensées, ses souvenirs, ses désirs et ses visions. Ainsi, la fascination apporte un caractère irréel à l'ensemble du film. Ce que disent les personnages, ce qu'ils assurent avoir accompli dans le passé voire font toujours, est constamment remis en question par Jongsu et le spectateur. On ne sait pas où se cache la vérité, la réalité. Lee Chang Dong n'apporte quasiment aucune réponse. Même lorsque l'on croit avoir tout compris, il renverse la situation, apporte un élément supplémentaire qui vient perturber les certitudes du spectateur comme de Jongsu. Ce chat est il bien présent dans l'appartement de Haemi ? Pourquoi disparait il quand Haemi disparait elle aussi ? Est-ce une illusion, une hallucination, une création de l'esprit ? Rien n'est moins sur. 

Jong-seo Jeon in Beoning (2018)

Il en va de même pour les serres que brûle hypothétiquement Ben tous les deux mois. La fascination qui menait à l'imaginaire et à l'irréel conduit aussi à la paranoia. Il faut regarder Yoo Ah-in pour comprendre toute la complexité du film : ce jeune acteur se révèle prodigieux car il réussit impeccablement à retranscrire à quel point son personnage se perd dans sa propre réalité. Il est tour à tour effrayant, bouleversant, pathétique, drôle et séduisant. Par l'intensité de son jeu (un regard qui exprime avec folie une tonne d'émotions, un corps qui exprime tant de choses avant une si belle justesse), il éclipse ses deux partenaires : la fabuleuse Jeon Jong-seo, qui irradie le film, au jeu passionnant et Steven Yeun, fantastique de calme ravageur et vénéneux. Le réalisateur installe donc une ambiance instable, où tout semble objet de prospection, de questionnement, où la paranoia guette chaque scène. 

Résultat de recherche d'images pour "burning film"

La maitrise formelle du film apporte beaucoup aux idées et au sujet du film. Ce choix des cadrages, qui cachent tant la réalité que le délire. Lee Chang Dong filme ses personnages mais n'hésite pas à les mettre hors champ, ensorcelant davantage son spectateur, désireux de savoir où il est, qui il doit regarder, où il doit focaliser son regard et son attention. L'apparition des personnages n'en est que plus magistrale. Celle du chien fait froid dans le dos. Le réalisateur manie avec brio les ellipses scénaristiques, pour mieux faire douter le spectateur, l'impliquer, le bousculer. Il signe aussi des plans séquences exceptionnels, notamment lors des premières scènes mais aussi celles de danse ou de course paranoiaque. Le réalisateur imprègne même son image de ce trouble qui provient de l'histoire et de l'esprit des spectateurs. Ce qui se joue dans la tête, dans le scénario nébuleux, se retrouve à l'écran : une brume splendide, à la fois paisible et menaçante, des rayons de soleil aveuglants, des gouttes de pluie plus vraies que nature. 

Résultat de recherche d'images pour "burning film"

Lee Chang Dong rend son film aussi bien apaisé qu'incontrôlable, emploie des ruptures de rythme et de ton incroyables : passer de la romance au drame existentiel puis au thriller parano, s'offrir des scènes aux enjeux nombreux, d'autres pleines de révélations aux sens multiples et des envolées lyriques vertigineuses comme cette scène de danse nocturne, en plein coucher de soleil, où sentiments, gestes, lumière et musique s'allient pour bouleverser et jeter un sort au spectateur. On ne saura jamais le fin mot de l'histoire, on aura sa petite idée mais la force du film est de laisser le choix au spectateur. Burning est un onvi cinématographique, inoubliable car inédit par son jeu des regards, sa caméra fascinée et captivante, son rythme sans équivalent, sa musique aux mélodies complètement différentes mais s'accordant si bien. Un film qui porte remarquablement bien son nom : l'écran s'embrase petit à petit, tout comme le coeur du héros, et le spectateur, qui brûle d'envie de connaitre la suite, que la fin soit dans dix minutes ou trois heures plus tard mais aussi dans le portrait incandescent d'une Corée à deux vitesses, où la lutte des classes est macabre, quasi muette mais ostentatoire. 

óóóóóóóóóé

Drame coréen réalisé par Lee Chang Dong sorti en 2018. Avec les performances de Yoo Ah-In (Lee Jong-su), Steven Yeun (Ben), Jong-seo Jeon (Hae-mi Shin)... 2h28.

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