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mardi 24 juillet 2018

A PRAYER BEFORE DAWN


Synopsis L’histoire vraie de Billy Moore, jeune boxeur anglais incarcéré dans une prison en Thaïlande pour détention de drogue. Dans cet enfer, il est rapidement confronté à la violence des gangs et n’a plus que deux choix : mourir ou survivre. Lorsque l’administration pénitentiaire l'autorise à participer à des tournois de Muay-Thai, Billy donne tout ce qui lui reste.

Critique Le cinéma français, en 2018, s'intéresse donc au milieu de la boxe. Cinq mois après l'intime et sobre Sparring où Matthieu Kassovitz brillait déjà, Une prière avant l'aube marquera l'année cinématographique. C'est selon moi le meilleur film français de l'année (en attendant les nouveaux Gavras, Ocelot, Noé, Audiard, Nicloux...), juste au dessus du fantastique Jusqu'à la garde. En même temps, venant de quelqu'un comme Jean Stéphane Sauvaire, il fallait s'attendre à un vrai tour de force. Il a quand même signé le phénoménal Johnny Mad Dog sur les enfants soldats, sept ans avant le formidable Beasts of No Nation. Là encore, son nouvel opus pourrait souffrir des comparaisons : on ne compte plus les grands films sur le milieu carcéral. Dernier en date côté français : Un prophète. Pourtant, cette Prière avant l'aube est très éloignée de ses modèles. 
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En termes d'immersion, il sera difficile de passer après ce film. En effet, Une prière avant l'aube est littéralement le film le plus sensoriel qu'on ait vu sur les prisons. Le réalisateur nous plonge directement dans cette prison où le héros ne comprend pas grand chose. On trouvera peu de sous titres, le spectateur étant forcé, à l'image du héros, à ouvrir l'oreille. Le travail sur le son est ainsi remarquable. On navigue avec le héros dans l'incompréhension la plus totale, perdu dans ces discussions, ces injonctions, ces rappels à l'ordre qui ne nous atteignent pas. Le film joue essentiellement sur les sens : de nombreuses scènes et actions sont basées sur ce que le héros n'entend pas, ce qu'il entend, ce qu'il comprend, les quiproquos, la nuance entre les termes. C'est un film sur le langage : apprendre la langue de l'autre par l'expérience, l'écoute attentive. Mais qui dit langage, dit aussi langage corporel. Il est époustouflant de voir à quel point chaque acteur réussit à transmettre des messages rien qu'avec son regard, sa brutalité physique, ses gestes. Mixage et montage sonore apportent beaucoup au film. Les sons qui peuvent s'arrêter net, grimper en puissance, se mélanger dans un boucan incroyablement retranscrit oppressent le héros. Le réalisateur joue avec ses perceptions auditives, surtout après sa blessure à l'oreille, qui altère son audition. On est encore à l'image de Billy : tous les cris nous assomment, nous font froid dans le dos, même les bruits stridents ou très faibles prennent de l'importance. 
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Le réalisateur signe un film sur le corps, ses évolutions, ses souffrances, ses plaisirs. Avoir choisi un toxicomane n'est pas une coïncidence : le héros est constamment en manque, son corps et son esprit complètement en lutte, notamment lors des matchs de boxe (dont le dernier), où son mental tente de dépasser les limites de son corps à ses risques et périls. Les coups que Billy prend sont étrangement ressentis par le spectateur : le réalisateur filme tellement près les corps, avec une si grande précision, une telle intelligence des cadrages, que ce corps qui se démène, c'est presque le nôtre. En effet, le film a une vertu viscérale. Les mutilations, tentatives de suicide, crises de foie sont très réalistes et diablement bien filmées. Ce film scrute un homme qui part en quête de son corps, de ses limites, de ses besoins, les repousse, les redoute, les vit, les subit. Le film possède une vraie rage animale, dans la mise en scène comme dans le personnage principal, intenable, excessif, qui bouillonne de l'intérieur et explose sa haine à la figure de tout le monde. Le film, interdit aux moins de 16 ans, ne lésine pas sur la violence : elle est brute, jamais enjolivée, jamais réprimée, filmée avec un souci réaliste frappant ; elle surgit de partout, souvent pas là où on l'attend. On en voit les traces sur les corps, notamment celui du héros, sec, musclé mais blessé de partout.
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Le film se vit tellement que l'une des plus belles scènes est celle où Billy s'échappe d'un hôpital pour goûter à l'air libre de la ville. Libératrice, solaire, aérienne, elle sonne comme une pause dans un film dur et fracassant, la douceur et le sourire reviennent sur le visage de Billy. Evidemment, le film se focalise sur une rédemption qui passe par le corps, l'exploit physique. Le héros canalise sa rage et sa violence dans un sport, en devient presque plus humain une fois les matchs terminés. La résolution du film est poignante car le jeune homme sort grandi de ses obstacles et épreuves, le coeur moins lourd, moins prisonnier de ses désirs. Il renonce à la liberté pour mieux se reconstruire. Si bien des clichés du genre reviennent - le match qui semble perdu d'avance, les entrainements douloureux, les menaces, les ladyboys, la drogue - ils sont souvent brefs, radicalement filmés (scène de viol insoutenable, où le héros assiste impuissant à la violence comme le spectateur), traumatisants parfois. Si tous les acteurs qui l'entourent ne déméritent pas, il faut souligner la performance immense de Joe Cole, habité par son rôle comme personne auparavant, vif, touchant, effrayant, imprévisible. Sauvaire signe un film immersif, une vraie expérience, une histoire qui prend aux tripes, qui reste en mémoire assez longtemps et révèle le talent d'un acteur époustouflant. 
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Sauvaire signe donc un vrai trip sous substances, hallucinant de maitrise et de fureur, réaliste dans le chaos, offrant des combats de boxe stupéfiants, sans doute parmi les meilleurs du grand écran, allant jusqu'au bout de son concept, n'ayant pas peur du jusqu'au boutisme pour offrir une oeuvre complète et fascinante. 


óóóóóóóóóé

Thriller français réalisé par Jean Stéphane Sauvaire, scénarisé par Jonathan Hirshbein & Nick Saltrese. Musique composée par Nicolas Becker. Photographie réalisée par Rita Dagher. Avec les prestations de Joe Cole, Vithaya Pansringarm, Pornchaok Mabklang, Chaloemporn Sawatsuk... 1h56. 

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