Translate

lundi 6 février 2017

MOUNTAINS MAY DEPART : Jia Zhang Ke mixe mélo et politique pour un résultat sublime

Afficher l'image d'origine
Le pitch : Chine, fin 1999. Tao, une jeune  fille de Fenyang est courtisée par ses deux amis d’enfance, Zang et Lianzi. Zang, propriétaire d'une station-service, se destine à un avenir prometteur tandis que Liang travaille dans une mine de charbon. Le cœur entre les deux hommes, Tao va devoir faire un choix qui scellera le reste de sa vie et de celle de son futur fils, Dollar. Sur un quart de siècle, entre une Chine en profonde mutation et l’Australie comme promesse d’une vie meilleure, les espoirs, les amours et les désillusions de ces personnages face à leur destin.

La critique : Jia Zhang Ke scrute toujours aussi bien les paradoxes de son pays ! Pourtant, ce film sonne comme un renouveau, un virage vers le mélo, assumé, maîtrisé et réussi. Exit donc la violence fracassante de ses précédents longs. Ici, le réalisateur filme le parcours de personnages sur pas moins de 25 années, le tout pour explorer les faces cachées de la Chine, son évolution, ses retards, et même faire la prophétie de ce qu'elle deviendra d'ici 10 ans. 
Afficher l'image d'origine
Le film a l'habileté de montrer un pays plein de contradictions : Jia Zhang Ke frappe les esprits en mêlant deux scènes, l'une se déroulant dans une mine, l'autre dans une gare très moderne, qui montrent à la fois l'avancée technologique du pays mais aussi son retard. Une avancée plus économique et un retard social flagrant. Le réalisateur essaie aussi de s'attaquer au duel de classes sociales, à travers le choix que Tao doit faire entre un ami voué à devenir riche et un autre plus modeste, plus libre aussi. Le réalisateur n'appuie pas trop sur la corde des classes sociales car ce n'est pas ce qui l'intéresse le plus. Non, il cherche à montrer le parcours de ses personnages, en parallèle des transformations de son pays. Il mêle ainsi magistralement la grande histoire et la vie intime des héros
Afficher l'image d'origine
La première partie est pleine d'espoir, de vitalité, de rires, d'énergie. Les héros s'amusent, flirtent, parlent de leur futur, qu'ils voient plutôt radieux. Puis vient le mariage qui, même si les personnages restent un poil insouciants et immatures, vient briser le bonheur des personnages. Tao fait face au choix amoureux, Liangzi au rejet et Zang à la jalousie. La première partie, que Jia Zhang Ke bâtit comme un vaudeville amoureux, fonctionne à merveille. Elle est rythmée, excitée, étonnante, drôle et parfois surprend là où ne s'y attend pas. Evidemment, le choix de Tao paraît prévisible mais déçoit quand même. La fatalité s'installe. La mise en scène de Jia Zhang Ke se fait moins vive, les scènes moins lumineuses, plus ternes. La deuxième partie est un drame en deux temps, aussi bouleversants l'un que l'autre. Jia Zhang Ke renverse son triangle amoureux en mettant au centre Liangzi. Remarié, il souffre d'un cancer des poumons. Sa femme et lui reviennent là où il a grandi. La rencontre de sa femme avec Tao est déchirante, les deux femmes étant au bord des larmes, malgré la gêne. 
Afficher l'image d'origine
Dans cette deuxième partie, le réalisateur choisit de ne pas montrer l'issue de Liangzi (va-t-il utiliser l'argent de Tao pour se soigner ou le confier à sa femme avant de mourir ?), signe d'une grande sagesse d'écriture. Mais un deuxième drame se noue. Tao perd son père, devenant encore plus isolée qu'elle ne l'était après son divorce. Ses retrouvailles avec son fils font partie des scènes les plus sublimes du film, d'une douceur infinie qui cache une puissance incroyable. La troisième partie suit le parcours du fils de Tao, tiraillé entre son amour pour une prof et son désir de revoir sa mère. Le film n'évite pas les tabous mais ne force pas les traits quand il les aborde. Le réalisateur aborde le sort de ses personnages avec une grande finesse, aidé par des acteurs magnifiques. Zhao Tao, femme du réalisateur, illumine le film à chacune de ses apparitions, heureusement nombreuses. Son sourire ravageur du premier acte laisse place à un visage où se lit la douleur et la rancune. La revoir dans le troisième acte, fatiguée, seule, libre, nostalgique, voyant le fantôme de son fils hanter sa maison ou son esprit, terrasse. Puis le réalisateur change de ton, relève son héroïne, qui part danser sous la neige là où tout a commencé, une scène libératoire, d'un souffle majestueux, qu'on souhaiterait ne jamais quitter. 
Afficher l'image d'origine
Ce film traite avec une douceur infinie le sort de ces personnages. Mais il aborde en arrière plan les mutations de la société chinoise : le destin des mineurs, voués au chômage, la quête d'un ailleurs plus glorieux pour les hommes d'affaires, la place des parents, du mariage, de la liberté aussi. Le film montre également la passion des personnages pour les feux d'artifice, feux en tout genre, dans tous les sens, comme un rituel. Le réalisateur reste allusif, sans trop fracasser le spectateur. Il attend au contraire le troisième acte pour faire part de son inquiétude : le fils de Tao ne parle presque plus sa langue maternelle, qu'il réapprend avec une prof, qui fait office de traductrice entre lui et son père. Le jeune homme change de nom, comme sa mère adoptive, qu'il surnomme Mummy. Le chagrin des personnages contraste avec les paysages somptueux d'Australie. Jia Zhang Ke montre un futur désenchanté, terrifiant, comme lors de la scène qui conclut le film : Tao, anonyme dans une ville désertique, d'où n'émane aucune vie. Un contraste entre une Chine abandonnée et fantomatique et une Australie vendant du rêve. 

Jia Zhang Ke nous terrasse par brefs instants, grâce à un portrait de femme splendide, nous émeut pendant près de deux heures avec un mélo d'une justesse absolue, qui, du début à la fin, vibre au son d'une musique, d'un morceau, qui joint les trois actes de manière magnifique. 



Au-delà des montagnes : Affiche
Réalisé par : Jia Zhang Ke
Avec les performances de : Zhao Tao, Yi Zhang, Jing Dong Liang, Zijian Dong, Sylvia Chang... 
Titre original : Shan he gu ren
Durée : 2h02
Genre : Drame
Sortie française : 23 décembre 2015
Pays de production : Chine
Société de production : Xstream Pictures, Shanghai FilmGroup, Office Kitano, MK2, Diaphana, Arte France Cinéma
Musique de : Yoshihiro Hanno
Scénario de : Jia Zhang Ke
Note : 4.1/5

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire