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lundi 2 mai 2016

DOG POUND : un regard subtil sur les mineurs incarcérés, aussi tragique qu'enragé

Afficher l'image d'origineDe quoi ça parle ? : Davis, 16 ans, trafic de stupéfiants. Angel, 15 ans, vol de voiture avec violence. Butch, 17 ans, agression sur un officier de probation. Une même sentence : la prison pour délinquants juvéniles d'Enola Vale.  Arrivés au centre de détention, ils devront choisir leur camp, victime ou bourreau.

Mais il est bien le film ? : Kim Chapiron est un réalisateur singulier qui porte un regard personnel sur chaque sujet qu'il traite. Il a tourné Dog Pound en langue anglaise pour mieux faire le portrait de la violence animale qui règne aux Etats Unis, en particulier dans les prisons. Le choix de se focaliser sur des mineurs n'en est que plus percutant : en effet, il montre des jeunes au visage encore juvénile (ou pas), innocent et naïf, qui pénètrent dans l'enfer dont ils auront peine à sortir, pour scruter la naissance de la violence dans tout ce qu'elle a de plus monstrueux, de plus complexe, de plus vif !  Pendant tout le film, on sent bouillir la haine dans le coeur de ces jeunes placés dans cet enfer qui les ronge, les broie et les conforme aux règles du groupe : s'imposer ou devenir une victime. Les trois héros dont le réalisateur suit le parcours sont jeunes et ignorants, et Chapiron les montre à la fois dans leur recherche de reconnaissance et de respect mais aussi dans leur fragilité et leurs faiblesses. Ainsi, son portrait n'est jamais binaire : les bourreaux et les victimes de chaque côté. Non, le réalisateur s'efforce de montrer que tout le monde se vaut en termes de rage et d'atrocité. Si l'un des trois héros semble plus une victime que ses camarades, il s'octroie la sympathie de ses camarades en gagnant une partie de sport. 
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Au milieu de cette terreur qui peine à se révéler et à dire son nom, naît une amitié entre ces trois gamins. Le réalisateur filme cette amitié avec distance et s'interdit de la rendre fusionnelle : il préfère la complicité à l'amitié pure et dure. Mais ces trois jeunes donnent lieu à des scènes reposantes et apaisantes, où la brutalité est rejetée pour mieux s'intéresser à la personnalité des trois héros à tour de blagues et d'aveux toujours subtilement amenés. Chapiron signe un film éclatant et fracassant dans sa manière de traiter la violence en prison. Il n'épargne personne et fait souvent monter la pression avant de laisser sortir les coups et le sang. Ainsi, même les gardiens pètent les plombs et, sous pression, commettent des crimes. Il faut admettre que le réalisme fait partie du genre mais Chapiron le pousse à l'extrême sans se brûler les ailes. Il aborde les thèmes qui fâchent : le viol sur mineur provoqué par une haine et aussi des jeunes en crise d'hormones, le harcèlement, les souffre douleurs, le trafic de drogue... Le réalisateur les touche soit frontalement (le viol) brisant ainsi la distance jusque là conservée pour frapper le spectateur, ou par suggestion (la ronde d'un jeune détenu dans la cantine, délivrant des substances contre la tranquillité) afin de montrer le silence qui règne dans ces établissements mais aussi l'aveuglement des gardiens. 
Dog Pound Starring Adam Butcher Shane Kippel et Mateo Morales
Les gardiens ont également un rôle à jouer et Chapiron essaie de leur donner un peu de place. Il les montre à la fois en train d'essayer de protéger certains détenus sans défense face à la jungle où ils sont retenus mais ne peuvent s'empêcher de rester fermes. Ainsi, le film possède des scènes d'une dureté, d'une cruauté formidable. Tout d'abord celle où Shane Kippel appelle à l'aide en vain durant la nuit et se suicide le matin suivant. La fermeté des gardiens glace le sang car elle privilégie l'ordre à l'humanité et à la protection. La scène du meurtre du personnage de Mateo Morales se produit si rapidement que la violence choque. Imprévisible, incontrôlée, la violence du gardien se retourne contre lui. Le film conclut en montrant que la violence appelle la violence. Dog Pound se transforme alors en tragédie pour ces trois héros prisonniers de cet enfer, gagnant en ampleur mais aussi en dramaturgie, sans abandonner son côté immersif incroyable. Même lorsque le film s'autorise des libertés aussi bien dans son ton que celle des personnages (l'évasion de Butch dans le final), Chapiron revient à ce qui prime en prison : la terreur et la rage, qui trouvent leur apogée dans un final magistral en termes de bruitage et de mouvements de caméra, qui retranscrivent formidablement le chaos qui se libère et s'empare du centre de détention. Un grand bravo aux trois acteurs principaux, stupéfiants mélanges de férocité et de sensibilité. 


 Dog Pound
Réalisé par : Kim Chapiron
Avec les performances de : Adam Butcher, Mateo Morales, Shane Kippel, Slim Twig, Taylor Poulin, Lawrence Bayne, Trent McMullen, Dewshane Williams... 
Qui dure : 91 minutes
Dans le genre : Drame, thriller
Qui vient des : Etats Unis
Sorti en France le : 23 juin 2010
Studio : Partizan / Grana Productions
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