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vendredi 15 janvier 2016

SUBURRA : un polar envoûtant, à la fois cruel et magistral

Suburra : PhotoDe quoi ça parle ? : La Suburra, quartier malfamé de Rome, est le théâtre d’un ambitieux projet immobilier. L’Etat, le Vatican et la Mafia sont impliqués. En sept jours, la mécanique va s’enrayer : la Suburra va sombrer, et renaître.

Mais il est bien le film ? : Suburra ressemble à beaucoup de films sur la mafia mais, au final, distille quelque chose d'unique, propose une vision particulière du sujet et se pose comme un modèle du genre. Stefano Sollima maîtrise parfaitement son sujet et va même jusqu'à prendre des événements réels. En effet, son film raconte des faits qui se sont vraiment passés. Étrangement, cela donne encore plus d'ampleur à un film qui n'en manque pas. Le film touche à trois instances qui régissent l'Italie à la veille de leur chute, d'où l'apocalypse dont parle le film. Si Sollima a un peu de mal à vraiment nous captiver quant aux doutes d'un pape, dont les intentions paraissent toujours brumeuses, la faute à des scènes sans un mot qui n'aident pas à la compréhension. Petit à petit, on comprend le voeu du pape, qui se confesse à son assistant. Le film, outre cet aparté un peu vain et maigre sur la culpabilité du pape dans la chute de Rome, parvient à délivrer un portrait cru, démoniaque et puissant des liens entre mafia et politique. En effet, en montrant des hommes politiques en pleine déchéance morale, concernant leurs relations avec des prostituées, leurs tentatives pour taire leurs erreurs, pour menacer les petits curieux, le film s'avère cruel envers ces politiciens. 
Suburra : Photo Greta Scarano
Le portrait que Sollima fait est clairement critique, peut être trop, mais en tout cas percutant. On voit ces politiques s'engouffrer et passer d'erreur en erreur vers un point de non retour. En face, la mafia n'est pas mieux lotie. En effet, le réalisateur capte avec précision et intelligence les guerres de gang, parvenant à signer une sorte de labyrinthe, brouillant volontairement les relations des uns avec les autres, les alliances et accouchant d'un film de mafia plus que dense : complet. Le réalisateur filme donc la chute, pendant deux heures, des trois instances avec une mélancolie mais en même temps une puissance rares pour ce genre de films. Le réalisateur utilise la violence dans des moments cruciaux, sachant parfaitement la faire éclater brusquement aux moments les plus inattendus. Ainsi, les coups de feu dans un centre commercial, le meurtre d'une vieille femme ou encore la liquidation d'un camp entier font figure de déchainements de violence singuliers, cependant loin d'une certaine poésie et d'une certaine virtuosité dont sont imprégnées la mort d'un homme sur l'autoroute ou le massacre d'un gang, sous les yeux d'une femme cachée. 
Suburra : Photo
Le réalisateur offre un spectacle magistral, à la fois envoûtant et terrifiant, à force de scènes se déroulant la nuit et révélant le côté maléfique de tous les individus. Le film n'évite pas le gore comme quand un chef de gang se fait dévorer par son propre chien. Le réalisateur utilise un motif récurrent pour dynamiser son film mais aussi pour le rendre hors du temps, jouant entre la lenteur et l'apesanteur, la brutalité et les répétitions. Son film, magistral dans ses règlements de compte, et même drôle quand il aborde la vie conjugale des mafieux, ne serait rien sans sa musique, sans doute la plus belle partition qu'on ait vu au cinéma en 2015. La musique épouse le rythme et le ton du film, ou bien est-ce le contraire. En tout cas, cela ne fait aucun doute, la musique envoûte, hypnotise, berce et émerveille, rendant chaque plan sublime (notons la virtuosité de la mise en scène). Mais le film, en dehors d'un discours cruel sur la mafia et la corruption, en dehors de ses prodigieuses scènes et de son rythme effréné et surtout fragmenté, révèle une âme, à travers le personnage d'Elio Germano, sensible, émouvant et drôle, à la fois burlesque et tragique. Suburra choque, éblouit et sa musique hante longtemps. 


 Suburra
Fiche technique
Réalisé par : Stefano Sollima
Avec les performances de : Pierfrancesco Favino, Elio Germano, Alessandro Borghi, Greta Scarano, Giulia Gorietti...
Qui dure : 135 minutes
Dans le genre : Thriller
Qui vient d': Italie
Sorti en France le : 9 décembre 2015
Studio : Cattleya/Rai Cinema
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