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jeudi 21 mai 2015

LA TETE HAUTE : Bercot opte pour une mise en scène réaliste, entourée de superbes acteurs, pour un sujet fort et percutant, mais sans la virtuosité de Dolan

La Tête haute : Photo Rod ParadotLA TÊTE HAUTE

De quoi ça parle ? : Du parcours éducatif de Malony, de six à dix-huit ans, qu’une juge des enfants et un éducateur tentent inlassablement de sauver.

Mais il est bien le film ? : En sortant de la salle, certes, on aura moins frissonné, moins été ébloui que par MOMMY, film qui traitait du même sujet mais avec une mise en scène virtuose et un point de vue moins français, donc plus perché. Mais là où Dolan optait pour une mise en scène proche du conte ou du fantasme, Bercot, elle, s'acharne à maintenir sa mise en scène au plus près du réel, pour gagner en authenticité. C'est justement cette volonté de ne pas créer d'illusions, de ne pas se heurter au lyrisme, de rester frontal, à raison de mettre quelques coups de caméra, que la réalisatrice nous prend à la gorge à de nombreuses reprises. Tout d'abord avec la scène introductive. Le jeune héros n'est encore qu'un enfant, encore muet, encore timide, encore calme, mais seulement en apparence. La scène frôle la caméra cachée, Bercot filmant tout ce qu'elle juge pertinent pour décrire la situation familiale dans laquelle évolue le jeune Malony. Cette mère irresponsable, qui tient bizarrement son cadet dans ses bras, qui hurle et qui lance des insultes. Le ton est donné : on a affaire à un film proche des petites gens, des gens du peuple, qui ont du mal à substiter. La réalisatrice s'en amusera puisqu'elle joue habilement des niveaux de langue, notamment dans les scènes chez la juge, où cette dernière parvient à être claire aux yeux de Malony avec des phrases complexes alors que sa mère, avec des phrases simples, s'embrouille et perd son auditoire. 

Le film possède une véritable tonalité : toujours sur le qui vive, jamais lente, toujours sous haute tension, avec la peur que quelque chose n'éclate. Cela coïncide avec le tempérament du jeune héros, impulsif, imprévisible et terriblement violent. Beaucoup de scènes jouent sur la puissance des gestes, des situations, qui veulent tout dire alors que les mots, eux, se heurtent à un mur impossible à déchiffrer. Bercot se montre donc intuitive, réaliste et honnête avec des scènes qui possèdent une vraie authenticité. Certes, Bercot a moins d'ambitions que ses compères mais elle a au moins le mérite de livrer un film qui percute, qui frappe, qui cogne et qui crie pour qu'on entende le malaise et le mal être de son héros, inadapté à la vie en société, qui finira cependant par devenir père. La mise en scène se veut donc percutante, et la réalisatrice réussit à quelques reprises à nous émouvoir comme dans cette scène où la juge prend la main du jeune Malony, devenant alors seule source de calme dans son entourage. C'est le mix entre scènes fracassantes, pleines de bruit et de violence, et celles plus relâchées, plus touchantes aussi, qui fait de LA TETE HAUTE un film d'exception, un film exemplaire. La réalisatrice sait jongler entre ces deux aspects, sachant quand arrêter les coups et quand ne pas verser dans les larmes trop faciles. 

Elle suit également la relation étrange du jeune héros avec les femmes : sa mère, presque comme sa soeur, qu'il couve et qu'il protège ; sa petite amie, qu'il traite comme son égal mais avec qui il a du mal à être lui même ; et la juge, qu'il admire et qu'il respecte mais qu'il voit comme une mère de substitution. LA TETE HAUTE, quoi qu'on en pense, réussit à faire hurler de rire notamment dans les scènes chez la juge ou au tribunal où la crudité des dialogues, leur non écriture, reflète bien les différents milieux sociaux à coups de comédie, de pleurs forcés, de sourires en coin. Au final, Bercot se veut également une remarquable directrice de casting, qui, il est vrai, est au sommet. Catherine Deneuve opte pour un rôle brut et touchant, quoiqu'un peu ferme. Sara Forestier, si elle en fait parfois trop, réussit, avec sa juvénilité et son immaturité, à émouvoir dans certaines scènes. Benoit Magimel, de son côté, livre une prestation en retenue mais crédible et délicate. Enfin, Bercot révèle deux formidables jeunes promesses du cinéma français : la superbe et fine Elizabeth Massev, et un Rod Paradot, au jeu animal, pur et sincère, qui révèle une grande maturité mais parvient surtout à habiter son personnage, à lui donner chair, une véritable consistance pour un rôle difficile. Sans doute le plus beau film de Cannes, qu'il faut quand même réussir à regarder. 


 La Tête haute
Fiche technique
Réalisé par : Emmanuelle Bercot
Avec les performances de : Rod Paradot, Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Sara Forestier, Diane Rouxel, Elizabeth Massev... 
Qui dure : 118 minutes
Dans le genre : Drame
Qui vient de : France
Sorti en France le : 13 mai 2015
Studio : Wild Bunch
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