Translate

mercredi 13 mai 2015

CRITIQUE : un drame sans doute trop mélo mais porté par une fantastique Julianne Moore, à la fois terrifiant et lénifiant

Still Alice : Photo Julianne Moore, Kristen StewartSTILL ALICE


De quoi ça parle ? : Mariée, heureuse et mère de trois grands enfants, Alice Howland est un professeur de linguistique renommé. Mais lorsqu’elle commence à oublier ses mots et qu’on lui diagnostique les premiers signes de la maladie d’Alzheimer, les liens entre Alice et sa famille sont mis à rude épreuve. Effrayant, bouleversant, son combat pour rester elle-même est une magnifique source d’inspiration.

Mais il est bien le film ? : Julianne Moore doit être contente ! Elle l'a enfin eu son Oscar ! Soyons quelque peu sceptiques : elle l'aurait largement plus mérité pour MAPS TO THE STARS, film à la folie baroque dans lequel elle brillait. STILL ALICE n'a pas la prétention de tutoyer le niveau de son précédent film. En effet, on ne suit plus des stars, on n'est plus à Los Angeles mais on suit désormais une prof de langue à l'université dans un New York tout sauf paradisiaque. Premièrement, le film a le mérite de porter une réflexion maîtrisée sur la langue, le langage et les façons de s'exprimer. Cette femme, prof de linguistique, perd peu à peu sa faculté de parole. Il est fascinant de voir comment elle se débrouille pour s'en sortir, pour communiquer alors qu'il n'y a presque plus de moyen pour elle de témoigner son amour aux autres. Le film explore aussi les moyens civilisés de se parler. La honte lors d'un discours va se transformer en humour pour masquer la douleur. La mère en viendra également à user de son visage, de ses expressions, pour transmettre son ressenti, faute de mots. Il est d'ailleurs émouvant de la voir se souvenir d'un mot, de la voir le prononcer comme celui "amour". 

Après une merveilleuse lecture d'une pièce de théâtre par la voix calme et douce de Kristen Stewart, voir le visage de cette femme s'illuminer, écouter chaque mot, comprendre leur sens mais oublier l'ensemble pour ne retenir que l'essentiel est une belle métaphore : celle du tri, de l'essentiel, de la sélection mais aussi du coeur, seul organe encore non touché par la maladie. Le film peut parfois être tire-larmes quand elle doit annoncer à sa famille (y compris son mari) qu'elle est malade. Les premiers oublis (sauf celui de la route) paraissent grotesques et peu crédibles : le nom de sa belle-fille. Et puis les réalisateurs ont tendance à parfois trop appuyer, notamment la scène où elle urine dans son pantalon, faute de ne pas avoir trouvé les toilettes ou encore celle où elle tente de se suicider, répétant plusieurs fois le même protocole. Et puis ils ont également décidé d'attribuer le même problème à la fille de l'héroïne, elle aussi atteinte d'Alzheimer puisque, horreur, la maladie se révèle héréditaire. Le film souligne parfois trop certains passages - le discours, la tendresse du mari - comme oublie d'en souligner d'autres - la femme de chambre, la fille elle aussi malade. Cependant, STILL ALICE émeut grâce à la performance habitée, prodigieuse et sensible de Julianne Moore, qui livre là une superbe prestation. 

Mais il faut aussi remarquer le talent de Kristen Stewart, touchante et dure à la fois. La relation que l'héroïne entretient d'ailleurs avec sa fille devient de plus en plus émouvante, de plus en plus fusionnelle au fur et à mesure que la maladie prend du terrain car les deux femmes se rapprochent, oublient leurs rancœurs vis à vis de l'autre et apprennent à s'aimer. La fille pardonne, la mère encourage alors qu'auparavant, la fille était rancunière contre elle et la mère critiquait les choix de carrière de sa fille. Le film, s'il repose sur un scénario quelque peu convenu et empruntant parfois les chemins tout tracés, s'il ne détient pas vraiment d'identité pure, s'avère surprenant : il devient une sorte de film catastrophe, le spectacle du chemin d'une maladie qui détruit son hôte. On suit, incompétents, la lente descente aux enfers de cette femme. On voit les souvenirs s'en aller, on la voit se perdre. Le film peut devenir même très terrifiant notamment lors de la scène de la tentative de suicide qui, certes trop appuyée, devient glaçante par le recommencement des mêmes événements qui montrent à voir les dégâts de la maladie mais aussi le désespoir de la mère. Sans oublier le moment où elle oublie le visage de sa fille, une scène qui n'appuie rien mais qui dit beaucoup. Un film catastrophe car c'est son monde qui disparaît : celui des lettres, de la littérature, des mots, de la parole, du langage. Une catastrophe à hauteur humaine. Pour ce parti-pris là, sans doute inconscient mais bien visible, STILL ALICE mérite le coup d'oeil malgré ses nombreuses lacunes. 


 Still Alice
Fiche technique
Réalisé par :  Richard Glatzer, Wash Westmoreland
Avec les performances de : Julianne Moore, Kristen Stewart, Kate Bosworth, Alec Baldwin, Hunter Parrish
Qui dure : 99 minutes
Dans le genre : Drame
Qui vient des : Etats Unis
Sorti en France le : 18 mars 2015
Studio : BSM Studio
¶¶¶¶¶¶¶¶

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire