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vendredi 8 mai 2015

COUP DE COEUR : une petite perle de délicatesse, traitant de sujets durs sur un ton amusant et absurde, secondée par une mise en scène étoffée et une jeune actrice rayonnante

La Maison au toit rouge : PhotoLA MAISON AU TOIT ROUGE


De quoi ça parle ? : Japon, 1936. Taki quitte sa campagne natale pour travailler comme bonne dans une petite maison bourgeoise en banlieue de Tokyo. C’est le paisible foyer de Tokiko, son mari Masaki et leur fils de 6 ans. Mais quand Ikatura, le nouveau collègue de Masaki, rentre dans leurs vies, Tokiko est irrésistiblement attirée par ce jeune homme délicat, et Taki devient le témoin de leur amour clandestin. Alors que la guerre éclate, elle devra prendre une terrible décision. Soixante ans plus tard, à la mort de Taki, son petit neveu Takeshi trouve dans ses affaires une enveloppe scellée qui contient une lettre. Il découvre alors la vérité sur ce secret si longtemps gardé.

Mais il est bien le film ? : LA MAISON AU TOIT ROUGE a la qualité d'être constituée de trois films et de les faire cohabiter de la plus belle des manières. Premièrement, une histoire d'amour, une sorte de tragédie romantique. En effet, sous ce toit rouge, habite une mère de famille soudainement éprise d'un jeune collègue de son mari. Cet amour indicible, interdit et polémique, renforce la densité du scénario, en tissant les liens entre les personnages. La jeune mère aime donc ce collègue, qui l'aime en retour. Leur amour reste très sobre, pudique. Jamais on ne les verra faire l'amour. Le réalisateur emploie la délicatesse et la dentelle pour détailler cette relation. Il scrute les visages de ses personnages, tour à tour gênés, follement amoureux. Il montre également la discrétion qu'emploient les deux amants pour se voir. On suit donc leur correspondance épistolaire avec une certaine curiosité, on admire leurs rendez-vous secrets et inavoués. On se régale en regardant les maladresses que les deux amants réalisent souvent, faisant craindre la découverte de leur amour par le mari. Et puis il y a ce personnage de bonne à tout faire. Elle les surveille, les protège, les couvre, les aime aussi. Lui comme un frère, elle comme une soeur. 
La Maison au toit rouge : Photo
Elle s'attache à eux tout au long du film si bien que le secret qu'elle porte devient amplement douloureux, vis à vis du mari, quand même son employeur, à qui elle ne doit rien cacher. Le réalisateur use parfois de quiproquos savoureux comme cette scène des billets d'opéra, avec l'enjeu des personnes devant y aller. La fin se révèle tragique puisque l'histoire d'amour se brise nette avec la guerre qui nécessite donc le jeune amant. La bonne devient alors le seul moyen pour eux de se dire adieu mais le réalisateur use pour la première fois d'une dureté épatante pour témoigner de la soumission paradoxale de la jeune bonne envers son employeur, qui ne postera pas la lettre ni ne parlera au jeune amant. Le film suit d'ailleurs le parcours de cette bonne. Au départ simple invitée, qui s'occupe de tout dans la maison, elle devient peu à peu une amie, une grande soeur, une confidente, jusqu'à obtenir le statut d'égal puisqu'elle sait mieux user des codes de la vie sociale que sa maîtresse ou son maître. Le parcours que dresse le réalisateur ne se révèle pas sans heurts ni sans émotion, tout cela grâce au jeu tendre et émouvant de la jeune Haru Kuroki, jeune actrice pleine de fraîcheur mais en même temps de tristesse. Le film tisse également une vision originale de la guerre, traitée sur un ton amusant, presque absurde, puisque les travailleurs ne pensent qu'à une chose : la guerre peut leur faire perdre des clients. 
La Maison au toit rouge : Photo
Ces préoccupations différentes de celles des soldats, mais aussi celle du mariage d'un jeune homme qui devient rapidement grotesque, donnent sa saveur au film ainsi que sa personnalité : traiter des sujets durs et sérieux sur un ton absurde et décalé. Yoji Yamada parle donc de choses horribles en employant l'humour, le second degré et la distance nécessaire pour ne pas transformer son film en réquisitoire de la guerre. Mais c'est ce qu'il montre de la vie japonaise pendant la guerre, comme déconnectée du conflit, qui frappe et reste en mémoire. De plus, le film parvient à atteindre un certain degré de finesse notamment dans la relation entre la bonne et le petit garçon, très proches et très complices, comme deux amis. De plus, le réalisateur donne littéralement vie à cette maison au toit rouge, par les invités qui viennent régulièrement donner du rythme au film, par le défilé des saisons qui donne des nouvelles facettes de la maison à voir, par le changement des couleurs dues à la météo mais aussi par ce qui s'y passe entre tragédie et amusement. Le temps passe, défile mais le réalisateur semble presque l'oublier pour mieux capter le drame qui se noue sans en faire des tonnes. Avec une mise en scène à la fois oppressante et ouverte sur l'extérieur, une faculté de capter les couleurs comme les moindres plis des vêtements, un sens aigu des détails - tous importants - et un véritable amour pour ses personnages et ses interprètes, LA MAISON AU TOIT ROUGE réjouit, fait un bien fou tout en éduquant son spectateur.  


 La Maison au toit rouge
Fiche technique
Réalisé par : Yoji Yamada
Avec les performances de : Takako Matsu, Haru Kuroki, Takataro Kataoka, Hidetaka Yoshioka, Satoshi Tsumabuki...
Qui dure : 136 minutes
Dans le genre : Comédie dramatique
Qui vient du : Japon
Sorti en France le : 1er avril 2015
Studio : Schochiku Films
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