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jeudi 30 avril 2015

CRITIQUE : une histoire d'amour superbe mais linéaire

THE DEEP BLUE SEA


De quoi ça parle ? : Hester Collyer, épouse de Sir William Collyer, haut magistrat britannique, mène une vie privilégiée dans le Londres des années 1950. A la grande surprise de son entourage, elle quitte son mari pour Freddie Page, ancien pilote de la Royal Air Force, dont elle s'est éperdument éprise. Sir William refusant de divorcer, Hester doit choisir entre le confort de son mariage et la passion.

Mais il est bien le film ? : Terrence Davies semble fatigué. Son dernier film, THE DEEP BLUE SEA respire la mélancolie, le calme et la fatigue. Sa caméra tourne dans des endroits restreints, clos, souvent habités. Il filme l'intimité des personnages, dans des scènes plus ou moins sobres. Il les filme dans leur toilette, dans leurs étreintes, dans leurs doutes, dans leur ennui. L'ennui, celui que ressent l'héroïne aux bras de son époux. Pour le faire disparaître, elle part rejoindre son amant, plus jeune et plus séduisant. On ne mentira pas : on se met à bailler à deux ou trois reprises, Davies prenant vraiment son temps pour démêler les scènes, les enchaîner, les quitter aussi. Cet ennui se retrouve dans les dialogues, très peu nombreux, souvent directs, simples mais résumant bien les situations, les états d'âme et les questionnements intérieurs. On admire alors des scènes où le mari et la femme ne s'adressent pas la parole, se regardent sans rien se dire, savent que l'autre est au courant, qu'il a des doutes. Ils ont peur l'un de l'autre mais ils savent pourtant que l'autre ne se montrera pas violent. Avec son mari, l'héroïne a tout ce dont elle peut rêver : intimité, argent, cadeaux, confort, privilèges. Mais cela la lasse un peu. Elle est éprise de désir, de passion. Elle va la trouver chez un militaire amateur de jazz. Initiation à la musique dans des scènes énergiques et enlevées, pleines de vie et de joie. Le courant passe entre l'héroïne et son amant. Ils se découvrent des points communs, qui les rapprochent, dont la passion. Davies filme la passion, sans grande vitesse, en prenant soin de filmer chaque détail, chaque émotion qui passe sur le visage des interprètes. 
The Deep Blue Sea : Photo
Il les filme également dans leurs ébats sans pour autant s'attarder dessus mais en passant quelques temps quand même. La vie qu'il réussit à faire ressortir des corps, l'amour qu'il parvient à exhorter de ses scènes en font un cinéaste absolument romantique. L'histoire d'amour qu'il tisse, entre déceptions, rejets, passion et tristesse, se veut tragique et rondement menée, avec rebondissements puis réconciliations. Parfois, l'héroïne semble non satisfaite de ses deux hommes, entrant dans une personnalité contradictoire. C'est la force du film.  Celle d'ériger un personnage qui se contredit tout le temps mais qui, au final, semble cohérente. Car avec ses divergences d'opinion, elle se forge une identité : celle d'une femme jamais totalement conquise, faisant souffrir les hommes, mais encore plus son coeur à elle, jamais conquis, jamais rassasié. Rachel Weisz, par son regard naïf, prenant et fragile nous fend le coeur. Tom Hiddleston met en place un jeu séducteur et en même temps cruel. THE DEEP BLUE SEA devient une splendide histoire, avec de superbes passages contant l'amour tel qu'il est vraiment : une science complexe, jamais carrée. Or, c'est le problème majeur du film : rester linéaire, se concentrer exclusivement sur l'histoire d'amour. Aucune piste secondaire n'est explorée, aucun personnage secondaire n'est étoffé. Cela fait ressortir la maestria de la mise en scène et la puissance du sujet central mais cela manque cruellement de détails et discours. La linéarité du film n'empêche en rien la superbe de cette histoire, qui émeut et étreint. 


 The Deep Blue Sea
Fiche technique
Réalisé par : Terrence Davies
Avec les performances de : Rachel Weisz, Tom Hiddleston, Simon Russell Beale, Ann Mitchell, Jolyon Coy... 
Qui dure : 95 minutes
Dans le genre : Drame romantique
Qui vient du : Royaume Uni
Sorti en France le : 20 juin 2012
Studio : UK Film Council
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