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lundi 20 avril 2015

CRITIQUE : un film intense sur les addictions d'aujourd'hui. Un film moderne, à la mise en scène oppressante, à la musique somptueuse, à la fois provocant et pertinent, où Michael Fassbender transperce l'écran

SHAME



De quoi ça parle ? : Le film aborde de manière très frontale la question d'une addiction sexuelle, celle de Brandon, trentenaire new-yorkais, vivant seul et travaillant beaucoup. Quand sa sœur Sissy arrive sans prévenir à New York et s'installe dans son appartement, Brandon aura de plus en plus de mal à dissimuler sa vraie vie...

Mais il est bien le film ? : Steve McQueen ne fait pas dans la sérénité ni dans la tranquillité, abordant des thèmes toujours très polémiques. Après la grève de la faim carcérale et avant l'esclavage, le réalisateur s'attaque aux obsédés sexuels. L'affiche annonce le ton : un film torturé, emprisonné de ses travers, indescriptible, jamais pudique. Le film rayonne grâce à ses deux acteurs principaux, voire même trois. Le côté nonchalant et amusant de l'interprétation de James Badge Dale a de quoi rendre agréable le périple du film, de faire retomber la pression dans certaines scènes. Carey Mulligan se montre une fois de plus bouleversante, par la simplicité de son jeu, sa finesse aussi, son intelligence, à travers l'émotion qu'elle produit en chantant une chanson sur New York avec sa voix angélique, les rires et l'aspect gamin de sa personnalité. Son personnage est irresponsable, paumé, enfantin, donc touchant. Michael Fassbender, enfin, mérite les éloges. Sa prestation féroce, toute de force retenue, de rage viscérale transperce l'écran. Son expressivité fait froid dans le dos notamment lorsqu'il simule le plaisir, l'extase ou la haine. Le film suit donc plusieurs paumés : un père de famille chef d'entreprise, divorcé essayant de renouer avec les femmes, un célibataire solitaire et trop bosseur, et sa soeur trop gamine pour mener bien sa vie, pour prendre des décisions adultes. 
Le portrait de ces trois paumés a de quoi émouvoir, notamment lorsque le réalisateur les montre dans leur bêtise, dans leurs erreurs, dans leur médiocrité. Le réalisateur touche juste en les montrant si médiocres qu'ils ne peuvent rien donner aux autres, ni le plaisir, ni la présence, ni le bonheur. SHAME a un côté tragique, assumé, notamment dans sa fin, étonnante, rapide, intense, où le frère et la soeur fusionnent avec la violence. Mais SHAME fait d'abord la peinture d'une addiction. Il montre un homme seul, terriblement seul, si bien que l'on entend les bruits de dehors à l'intérieur de son appartement. Il est seul dans un grand appartement, il s'ennuie. Puis, McQueen révèle son passe temps : mater des vidéos pornos sur le net. Le réalisateur ose montrer ce qui est tabou : le corps entier d'un homme, ses attributs, les ébats sexuels de manière organique, crue, radicale, sans pudeur hypocrite. Mais il filme surtout cette obsession mentale du héros pour le sexe. Restant sur son ordinateur des nuits entières, regarder ces vidéos le fait se sentir accompagné, pas seul en tout cas. Ca le détend, lui procure du plaisir. Le réalisateur parvient à merveille à traduire le plaisir et sa recherche par de nombreux procédés, tels que le manque. Une fois les ordinateurs, téléphones et magazines à la poubelle, le héros devient une bête féroce, suivant ses instincts, ses pulsions. 
Il saute sur tout ce qui bouge, devient quelque part un véritable monstre, un pervers, qui autrefois se cachait mais avance maintenant à découvert. Cela lui permet aussi de se rendre compte de cette addiction. C'est pour lui une révélation, une prise de conscience. Le portrait monstrueux de cet homme s'avère aussi cruel car il doit également se cacher continuellement, jouer un rôle, celui d'un travailleur modèle sans histoire. L'épreuve qu'il endure pour cacher à son meilleur pote, sa soeur et sa collègue sa dépendance au sexe dans ce qu'il a de plus physique, dénué de sentiments, émeut, inspire la compassion du spectateur. Car le monstre obsédé, torturé, ensorcelé par ces images, cette chair et le plaisir que cela procure, passe du prédateur à l'innocent, effrayé par ses propres gestes, pensées et actions, accablé par ses proches qui s'immiscent dans sa vie et lui rendent la vie dure. SHAME devient un véritable thriller, avec un suspense inhérent tournant autour de la découverte du penchant du héros pour le sexe. Le héros devient presque inoffensif, attaqué de toutes parts, découvert, sans protection. Le réalisateur va aussi montrer tous les extrêmes de l'addiction sexuelle en passant par les plans à trois, la question de la bisexualité. Il va également instaurer une tension sexuelle entre le héros et sa soeur, mignonne, sensuelle et gamine, donc naïve et inconsciente, proie idéale d'un prédateur. SHAME est une oeuvre intense, provocante, une véritable peinture des addictions d'aujourd'hui, des maux d'aujourd'hui (solitude, sexe, difficulté de l'engagement), rythmée par une somptueuse musique et une mise en scène de New York assez mystique et dégagée, parfois oppressante. 


 Shame
Fiche technique
Réalisé par : Steve McQueen
Avec les performances de : Michael Fassbender, Carey Mulligan, James Badge Dale, Nicole Beharie, Lucy Walters...
Qui dure : 94 minutes
Dans le genre : Drame
Qui vient de : Grande Bretagne
Sorti en France le : 7 décembre 2011
Studio : Film4/See Saw Productions
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