Translate

mardi 28 avril 2015

CRITIQUE : Sam Mendes donne une sacrée ampleur mais aussi une saisissante personnalité à James Bond, en réinventant le personnage, en se montrant audacieux dans ses choix narratifs et visuels

SKYFALL


De quoi ça parle ? : Lorsque la dernière mission de Bond tourne mal, plusieurs agents infiltrés se retrouvent exposés dans le monde entier. Le MI6 est attaqué, et M est obligée de relocaliser l’Agence. Ces événements ébranlent son autorité, et elle est remise en cause par Mallory, le nouveau président de l’ISC, le comité chargé du renseignement et de la sécurité. Le MI6 est à présent sous le coup d’une double menace, intérieure et extérieure. Il ne reste à M qu’un seul allié de confiance vers qui se tourner : Bond. Plus que jamais, 007 va devoir agir dans l’ombre. Avec l’aide d’Eve, un agent de terrain, il se lance sur la piste du mystérieux Silva, dont il doit identifier coûte que coûte l’objectif secret et mortel…

Mais il est bien le film ? : Sam Mendes est délibéremment l'auteur qui aura su redonner à James Bond une ampleur, des enjeux, une âme et une personnalité. Premièrement, Sam Mendes s'approprie complètement le mythe James Bond. Il se permet même de le tuer au début du film, donnant un côté tragique mais aussi survival au film. La première scène, intense dans l'efficacité de l’enchaînement des séquences d'action, dans le sentiment de hâte, de précipitation et de pression, fait haleter le spectateur. On a rarement vu scène d'action aussi maîtrisée, aussi bien filmée et aussi bien pensée. Cette scène d'ouverture donne du pep's au film, retrouvant la carrure mais aussi le dynamisme d'antan avec cette course poursuite en moto sur les toits d'Inde. Deuxièmement, le film va crescendo dans les enjeux comme dans l'ampleur. Au début, seul 007 est touché, blessé. Mais c'est le MI6 entier qui s'en retrouve fragilisé avec la révélation de l'identité des agents, attentat au quartier général, de nombreux morts, une M directement visée. La tragédie s'amorce alors, dans un parfum d'apocalypse. Cette bonne idée scénaristique de détruire le MI6 pour mieux le faire renaître, pour lui faire expier ses crimes, le mettre au grand jour, montre que Mendes a de la suite dans les idées. James Bond mène une enquête passionnante, qui l'emmène en Corée. La découverte du tueur fou allié va donner un degré de folie au film, aux événements rarissime dans un James Bond. Le film touche également davantage à l'intime des agents. 
Si Mendes a eu la bonne idée d'enfin nous faire découvrir les origines de James Bond, c'est le passé de M qui s'avère le plus fascinant. Son passé baignant dans la cruauté et dans les sacrifices, son inaptitude à gérer son équipe, son sang froid même dans les moments les plus insoutenables. La grande Judi Dench tient sans doute l'un des meilleurs rôles de sa carrière. Une femme forte, résistante, robuste, indestructible mais en même temps fragile. Le personnage de M a enfin la reconnaissance qu'il lui manquait et tient ainsi une place dominante dans le récit de ce 23e James Bond. Le film fait ressortir les démons et les erreurs du passé, montrant ainsi les faiblesses de chacun mais aussi leur capacité à se relever, à persévérer comme Silva ou M. Le duel entre les deux dans une église s'avère d'anthologie. A la fois instable, terrassant et terrifiant, ce passage montre l'intensité que peut atteindre la saga James Bond lorsqu'elle est orchestrée par des auteurs dignes de ce nom. Et puis Mendes donne une sacrée personnalité à son film. Chaque scène, chaque espace et chaque personnage a une certaine dimension. Ce MI6 vulnérable, cette île perdue qui cache un monstre et son oeuvre, cette Corée pourrie, révélant ses travers les plus infâmes, ce Londres sombre, inquiétant, peu sûr, cette Ecosse sereine, idéaliste et refermée sur elle-même. Les personnages secondaires sont savoureux, comme cette agent James Bond Girl qui a de la répartie, un certain sens de l'humour, des qualités physiques indéniables et un charme fou, ce chef de bureau au début désapprobateur puis plus enclin aux vieilles méthodes, ce Q malicieux et frêle. 
Sans oublier ce méchant, véritable réussite du film, faisant indéniablement penser au joker de THE DARK KNIGHT. Un personnage perturbé, fou, divergent, divisé entre deux personnalités. Javier Bardem réussit à rendre insoutenable chaque scène où il apparaît rien que par son jeu délirant, ses rires terrifiants et son regard prenant. Un méchant marginal et unique dans l'univers de James Bond. Le film possède également une esthétique assez prestigieuse. Le réalisateur sait jouer avec les luminosités (nuit, néons, soleil, pluie, éclair, sous terrains, allumage électrique) pour donner une apparence stylée mais aussi très personnelle avec un jeu des couleurs (rouge, jaune, beige, noir et bleu) assez saisissant. De plus, l'île perdue reflète l'ambition du réalisateur : faire des lieux une métaphore de la moralité des personnages. Cette île détruite, abandonnée, peu accueillante respire la misère et la peur. Cette Corée sombre, brumeuse, trouble, subtile, avec des casinos si magnifiques ou encore ces plans en Ecosse qui donnent le vertige et le sentiment d'être si petit. Ou encore ce final, où le feu envahit tout l'espace même les églises, qui reste dans la tête bien longtemps. Audacieux (mort du héros, mort de M, méchant et Bond bisexuels, femmes fortes, regard intimiste) et surtout réinventant le mythe, SKYFALL ne possède aucun défaut sauf celui de laisser si peu de chances au prochain d'être à la hauteur.  


 Skyfall
Fiche technique
Réalisé par : Sam Mendes
Avec les performances de : Daniel Craig, Judi Dench, Javier Bardem, Naomie Harris, Bérénice Marlohe, Ralph Fiennes, Ben Wishaw...
Qui dure : 138 minutes
Dans le genre : Action, drame
Qui vient de : Grande Bretagne
Sorti en France le : 26 octobre 2012
Studio : Columbia
¶¶¶¶¶¶¶¶

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire