Translate

mercredi 15 avril 2015

CRITIQUE : à la fois film d'aventures trépidant et peinture monstrueuse et pétrifiante d'une société utopique, un thriller psychologique et moral intense, oppressant où brille une fois de plus DiCaprio

LA PLAGE



De quoi ça parle ? : Richard, jeune Américain, amateur de sensations inédites a choisi l'Asie comme terrain d'élection, dans l'espoir d'y vivre des aventures fortes et exaltantes. Dans un hôtel miteux de Bangkok boudé par les touristes, il fait la connaissance d'un couple de Francais, Françoise et Etienne. Dans la nuit, un homme au regard halluciné fait irruption dans sa chambre et évoque une île secrète, une plage paradisiaque, où il aurait vécu plusieurs années au sein d'une petite communauté d'esprits libres. Le lendemain, Richard retrouve une carte de l'île et le cadavre de Daffy.

Mais il est bien le film ? : Danny Boyle, en 1999, surfait sur la vague de TITANIC en embauchant DiCaprio pour le rôle principal de LA PLAGE. Résultat des courses : un beau succès public (2 millions d'entrées en France). Tout commence assez bien : on suit le jeune DiCaprio découvrir un étrange hôtel, découvrir Bangkok mené par une mise en scène à la fois vivante, bruyante, luminescente. L'hôtel fascine, tout d'abord par son état (un peu pourri). DiCaprio y fait la rencontre d'un camé un peu angoissant, rien que par son visage et sa tendance à venir squatter chez les autres. Leur discussion est brève (trois minutes) mais le vacancier révèle une plage qui relève du fantasme. La description qu'il fait de la plage sonne à la fois comme une hallucination (le gars est en plein trip) mais en même temps la vision  qu'il en transmet tourne au fantasme si bien que le spectateur est intrigué par le discours du camé. Le camé meure, pour une raison que l'on connait pas. Si la grosse erreur du film est d'avoir fait appel à de jeunes interprètes français alors inexpérimentés - le fade Guillaume Canet et la binaire Virginie Ledoyen - le film embrasse le genre de l'aventure pour nous emmener dans un voyage, dans un périple assez trépidant. 
Cette première partie n'est pas dénuée de rythme, de beaux paysages, de somptueuses mers et plages. La mise en scène est à l'image de la vision qu'ai faite le camé de l'île : paradisiaque, magnifique. Chaque plan sublime une partie de l'île. On frôle le roman photo mais le récit d'aventures demeure consistant et dominant. Cette partie s'avère haletante, dotée d'un dynamisme assez bien mené, malgré la romance un peu pataude qui naît sous nos yeux. Le triangle amoureux est la grande faiblesse du film : trop lisse, mal écrite, parfois incompréhensible, illogique et finalement secondaire donc inintéressante. En fait, le film veut montrer le désir d'aventure et de dépaysement de ces jeunes vacanciers devenus dès lors des aventuriers risquant leur vie (notamment dans cette du champ de canabis, au climat assez insoutenable qui fait connaître les dangers encourus sur l'île). Boyle montre bien leur désir à travers la bonne humeur, le sérieux absent et la curiosité de ces jeunes adultes, séduits et émerveillés par les parties de l'île qu'ils traversent. Mais c'est la deuxième partie qui va vraiment donner toute sa raison d'être au film. 
La Plage : Photo
Là où LA PLAGE pouvait sentir un peu l'artificiel dans sa première partie, il devient complexe, fatal et complètement tordu par la suite. Tout d'abord avec le décryptage d'une petite communauté, vivant en autarcie au bord de l'île, heureux mais ordonnés. Cette mini société relève d'abord du rêve puis révèle ses travers. Lorsqu'un membre tombe gravement malade, il est mis à l'écart du groupe pour ne pas nuire au bien être commun. Dans cette société au premier abord paradisiaque, se dévoilent les monstruosités humaines maquillées par la joie et la bonne humeur. La méfiance, premièrement, avec ce personnage de chef (qui est une femme), campé magistralement par une hypnotique Tilda Swinton, qui met en garde chaque membre des risques encourus s'ils révèlent à quiconque l'emplacement de leur refuge. L'unification des langues révèle enfin de compte la naïveté et l'aveuglement des membres de cette société, qui obéissent à leur chef. L'autoritarisme se dévoile donc sous nos yeux à travers la figure de Tilda Swinton. Cette société au départ si agréable devient peu à peu oppressante, impitoyable, où les libertés sont mises entre parenthèses et où personne n'a le droit à l'erreur. 
La Plage : Photo
Ce changement se voit à travers le personnage de Dicaprio. Il se rend compte de la cruauté qui règne dans cette communauté et risque sa place lorsque l'on découvre qu'il a amené des vacanciers supplémentaires. DiCaprio livre une prestation alerte, sur ses gardes, à la fois terrifiante et pétrifiante. Il est magnétique, effrayant et presque animal. La scène où son personnage se comporte comme un animal fascine, frappe et montre bien le côté tordu de l'île, qui repose sur un paradis perdu, devenu société totalitaire prétendue idéale. Le climat du film côtoie l'insoutenable, le malaise et la tension omniprésente. L'aspect fatal du film réside dans le personnage de DiCaprio, qui devient malgré lui un paria, un solitaire, un ennemi. Sa trajectoire fait fureur, jusqu'à son dénouement assez violent et déstabilisant. Au final, LA PLAGE profite de son atmosphère et de son sujet pour mieux dresser un portrait du mal être du siècle : la recherche du bonheur et les sacrifices qu'on est prêts à faire pour le garder. Pas dénué de faiblesses, ce film côtoie la folie et la cruauté avec une intensité rare. 


 La Plage
Fiche technique
Réalisé par : Danny Boyle
Avec les performances de : Leonardo Dicaprio, Virginie Ledoyen, Guillaume Canet, Tilda Swinton, Lars Aretz Hansen, Robert Carlyle...
Qui dure : 113 minutes
Dans le genre : Thriller
Qui vient des : Etats Unis
Sorti en France le : 16 février 2000
Studio : 20th Century Fox/Figment Films
¶¶¶¶¶¶¶

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire