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vendredi 24 avril 2015

COUP DE COEUR : un conte macabre, magique, sublime, déroutant, lyrique et romantique ; soit un film incontournable où l'espoir lutte contre la misère, révélant un auteur, secondé par un casting parfait, une splendide mise en scène, une narration claire et des idées audacieuses

LOST RIVER


De quoi ça parle ? : Dans un quartier de Detroit abandonné, où subsistent les derniers habitants attachés à leur maison, Bones vit avec sa mère Billy et son frère Franky. Il récupère des bouts de métal qu'il revend à certains marchands. Alors que sa mère recherche désespérément du travail, Bones fait face au caïd de la ville Bully, qui sème la terreur dans les rues. Pour lui échapper, Bones s'enfuie et découvre une route secrète menant à une cité engloutie. 
 Lost River : Photo Iain De Caestecker, Saoirse Ronan
Mais il est bien le film ? : Ryan Gosling a enfin passé le pas de la réalisation ! Et qu'est-ce qu'il a eu raison !!!! Il signe un conte terrible, en faisant preuve d'une véritable audace esthétique pour imposer une mise en scène originale. Le réalisateur cerne d'abord un Detroit désenchanté, détruit, à l'abandon, sans vie, sans rires, sans éclat. Ce triste constat de ce qu'est devenue la ville donne le ton au film : désespérant mais encore plein d'espoir, sombre et apocalyptique, terrible et fatal. Le film s'avère sombre car la plupart des scènes se passent en intérieur ou de nuit. Il s'avère ensuite désespérant car presque aucun signe de vie n'est à noter dans cette ville abandonnée et fantôme. Cela procure également une dimension apocalyptique. Mais le film se batit sur l'espoir de son héros : celui d'un avenir meilleur, représenté par le levé de malédiction qui plane sur la ville. Ce héros, il porte les traits de l'encore inconnu Iain de Caestecker, acteur assez mur et donc talentueux, qui parvient à émouvoir comme à effrayer tout au long du film. Lui et Saoirse Ronan forment un couple improbable mais irrésistible. Un couple de battants, de survivants, d'idéalistes, de rêveurs aussi. 
Lost River : Photo
La malédiction qui pèse sur la ville n'est que leur imagination. Le film prend donc les allures de conte fantastique quand le jeune héros part découvrir cette cité engloutie, qu'il va ressusciter mais aussi dont il va dérober une partie pour la faire remonter à la surface. Cette cité engloutie fait peur, notamment avec ces lampadaires éteints. Mais la surface est encore plus angoissante notamment avec le sort de la mère. Elle se met à travailler dans une sorte de cabaret. Exploitée à la fois comme un objet et comme une artiste, cette mère courage prête à tout pour sauver ses enfants de la misère dresse le portrait de la monstruosité humaine, faisant naître et apparaître les plus terribles vices des êtres humains : l'obsession, la folie, l'addiction, la violence. Ce propriétaire, incarné avec inspiration par un magnétique Ben Mendelsohn, joue au séducteur avec la mère, incarnée avec naturel et grâce par Christina Hendricks. Ils forment un couple étrange, malsain, torturé et tordu. Leur relation ambiguë du début à la fin fait frissonner. Heureusement que les enfants semblent plus sereins, notamment avec le couple formé par le fils et la jeune fille interprétée par la superbe Saoirse Ronan. 
Lost River : Photo Iain De Caestecker
Le film raconte donc un combat familial pour se sortir de cette misère, de cette ville monstrueuse où chaque membre semble disparaître et se faire dévorer par la société qui demeure. Ce caïd un peu dingue et surtout très violent, incarné par un Matt Smith flippant et méconnaissable, représente la désuétude mais aussi le chaos qui règne désormais à Detroit. Ce combat familial bénéficie d'une narration claire et nette, secondée par des idées abstraites et délirantes (le corps des femmes devient source de prostitution sans qu'il y ait contact avec un homme). Le film devient aussi un film fantôme avec ces figures absentes (la ville engloutie, le père disparu). Visuellement et esthétiquement maintenant, le film est une merveille. Quand une maison brûle, les flammes jaillissent de l'écran et impressionnent. La couleur violette la nuit et les jeux d'éclairages de Gosling donnent une certaine personnalité au film. La mise en scène de l'acteur reste atypique, bien qu'inspirée. Cette mise en scène organique, naturelle mais en même fantasmée, avec ces jeux lumineux, ces cadrages fous et courageux, ces plans somptueux et cette musique dynamique et romantique, permet au film de se hisser à un très haut niveau. 
A la fois conte monstrueux et plein d'espoir et oeuvre esthétique majeure et unique, LOST RIVER reste dans les mémoires. Le film frappe, incendie, enflamme. Le spectateur jongle avec toutes sortes de sensations face aux images : les lampadaires qui s'allument illuminant un étang, ces voitures qui brûlent, ces danses macabres, ces voitures utilisées comme une maison, ces endroits désaffectés, comme hantés par la mort sourde, qui transforment la caméra en tourbillon. Gosling signe un immense film et devient de suite un grand auteur, baroque et romantique, aux ambitions démesurées mais mais atteintes. Un film où l'espoir lutte contre la misère, où les enfants sortent leurs parents de la destruction car ils en sont incapables. Le film, enfin, par son rythme tantôt lent et contemplatif, tantôt hâtif et enlevé, fait de LOST RIVER un film incontournable, déroutant, sublime et magique.  


 Lost River
Fiche technique
Réalisé par : Ryan Gosling
Avec les performances de : Iain de Caestecker, Christina Hendricks, Ben Mendelsohn, Matt Smith, Saoirse Ronan, Reda Kateb, Eva Mendes, Barbara Steele...
Qui dure : 93 minutes
Dans le genre : Drame fantastique
Qui vient des : Etats Unis
Sorti en France le : 8 avril 2015
Studio : Bold Films
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