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samedi 4 avril 2015

COUP DE COEUR : entre gore et humour, une vision passionnante sur la solitude, la confusion entre réel et rêve, dans un film absurde, unique et loufoque, qui revigore le cinéma français


THE VOICES



De quoi ça parle ? : Jerry vit à Milton, petite ville américaine bien tranquille où il travaille dans une usine de baignoires. Célibataire, il n’est pas solitaire pour autant dans la mesure où il s’entend très bien avec son chat, M. Moustache, et son chien, Bosco. Jerry voit régulièrement sa psy, aussi charmante que compréhensive, à qui il révèle un jour qu’il apprécie de plus en plus Fiona - la délicieuse Anglaise qui travaille à la comptabilité de l’usine. Bref, tout se passe bien dans sa vie plutôt ordinaire - du moins tant qu’il n’oublie pas de prendre ses médicaments...

Mais il est bien le film ? : Ok, le tournage s'est déroulé aux Etats Unis et le casting est unanimement américano-britannique. Mais THE VOICES est un produit purement français, de par le scénario, la réalisation et la production. Et ça fait du bien de voir le cinéma français oser à ce point l'absurde. Après PERSEPOLIS, Marjane Satrapi s'en va conquérir les Etats Unis ou plutôt les filmer. Elle filme une petite bourgade tranquille où il ne se passe rien (demandez au shérif). Tout le monde semble s'ennuyer, il n'y a qu'à regarder les visages des habitants ternis par la mélancolie. La réalisatrice soigne également son univers : des ouvriers habillés en rose (un comble !), des ouvriers travaillant en chantant, un patron laxiste, des femmes au service de com qui font tout sauf de la communication, un restaurant chinois désert, une salle de karaoké où le talent émerge. Et puis surtout cette forêt menaçante, près de la route principale de la ville, cette fabrique sucrée et délicieuse, cette ville où il ne fait jamais beau et surtout l'appartement du héros, près d'un bowling désaffecté, bien isolé au bord de la route. Satrapi a une fois de plus créé un univers. On arrive à ressentir la désuétude et l'ennui des habitants et à être émerveillés par la précision des détails (même les papillons). Ensuite, la réalisatrice filme un serial killer. 
Ok, il tue violemment des jeunes femmes mais la réalisatrice insiste sur le fait que son héros n'est en rien un pervers sexuel. Si l'hémoglobine fuse à outrance, de manière assez jouissive et parfois grotesque, il est fascinant de voir le héros découper en morceaux les demoiselles et enfermer leurs parties du corps dans des boîtes. Il en fait une sorte de collection, inconsciemment. Il voit de plus une psy, pas très intuitive, un peu lèche bottes. Mais le serial killer n'est pas aussi monstrueux qu'on le croit. Ses actes sont dictés par les deux animaux qu'il côtoie, il les effectue souvent par accident (ces glissades !!!). Il est surtout perturbé mentalement, croyant que ses animaux lui parlent. La loufoquerie vient du fait que le héros est le seul à voir et entendre ce qu'il entend. Les animaux ne parlent qu'à lui. Si la confrontation un peu simpliste entre le chat machiavélique et le chien moralisateur n'a rien d'original, les voir parler est superbe. La réalisatrice réussit cependant plus son personnage central. On a rarement vu travail plus fourni, poussé sur un seul personnage. Il est asocial, n'a pas d'amis. Sa solitude renforce son malaise intérieur qui le pousse à parler aux animaux. Il tient cela de sa mère qui entendait elle aussi des voix. Mais le personnage est maudit, tuant chaque personne qui se rapproche de lui. De plus, la réalisatrice montre l'effet des drogues, qui désembellissent la réalité. En effet, l'aspect loufoque et assez fou du film réside dans la confrontation entre réalité et extase. 
Sans prise de cachets, le héros vit heureux, même si seul, parle à ses animaux, et même aux femmes qu'il a décapitées et dont il a mis la tête dans le frigo. Les têtes se conservent et deviennent des petites voix dans sa tête. Le héros est donc aussi schizophrène. Mais justement, les pilules censées lui redonner la raison lui font voir une réalité affreuse (les têtes coupées défréchies, le sang partout, les animaux dénués de parole). Face à la réalité bien terne et désastreuse, le héros préfère refuser la prise de cachets. Il accepte sa personnalité. Les petites voix, tout le monde les entend mais lui plus que les autres. Dans la société actuelle, chacun entend intérieurement des voix qui nous disent : tu es mauvais, tu n'y arriveras pas. THE VOICES en est la métaphore un peu extrême mais jubilatoire. La réalisatrice montre donc les drogues comme désespérantes (l'inverse de celles réelles) et montre une réalité qui, avec la personnalité du héros, devient plus joyeuse, moins grave. La réalisatrice aligne humour et gore, l'un adoucissant l'autre pour donner un mélange savoureux. Ryan Reynolds a de plus le charisme requis pour le rôle : un regard enfantin,  innocent, puis coupable et terrifiant, sadique et incompris. La palette de jeu de Reynolds se révèle dans un rôle difficile, qui montre la dure réalité de la vie et surprend par son final assez rocambolesque où les morts accueillent, accompagnés de Jésus, leur tueur les bras ouverts pour chanter et danser avec lui. L'au delà plus heureux que la vie. La réalisatrice signe le meilleur film français de l'année, car sans doute le plus unique, le plus original, le plus timbré aussi, le plus fou, le plus dynamique et le plus coloré. 


 The Voices
Fiche technique
Réalisé par : Marjane Satrapi
Avec les performances de : Ryan Reynolds, Gemma Arterton, Anna Kendrick, Jacki Weaver, Ella Smith, Gulliver McGrath...
Qui dure : 103 minutes
Dans le genre : Horreur, comédie
Qui vient de : France
Sorti en France le : 11 mars 2015
Studio : Vertigo, 1984 
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