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lundi 2 mars 2015

CRITIQUE : une petite merveille venue de Pologne, doux et fort sur le pardon et la rancune, avec deux sublimes interprètes

Ida : Photo Agata TrzebuchowskaIDA


De quoi ça parle ? : Dans la Pologne des années 60, avant de prononcer ses voeux, Anna, jeune orpheline élevée au couvent, part à la rencontre de sa tante, seul membre de sa famille encore en vie. Elle découvre alors un sombre secret de famille datant de l'occupation nazie.

Mais il est bien le film ? : Les Oscars sont souvent sans surprises. Evidemment, IDA  a gagné l'Oscar du meilleur film étranger. On aurait aimé que LEVIATHAN soit adoubé à la place mais non, les sirènes ont poussé les votants à choisir ce très court film polonais. D'ailleurs, seule sa durée lui fait défaut. On aurait aimé un quart d'heure de plus, pour mieux explorer la psychologie des personnages, dont la tante, pour montrer plus de scènes avec l'héroïne, ce qu'elle devient. Il aurait fallu aller chercher encore plus loin, détailler, et pour cela augmenter la durée. Mais le réalisateur a voulu faire court. Ce qu'il y a de prodigieux dans ce film c'est que, malgré le noir et blanc, malgré le scénario fragile et malgré le peu d'événements, on ne s'ennuie jamais. En effet, les sons permettent de rester éveillé. Il y a un véritable travail fait dessus. Pawlikowski a soigné donc ses effets sonores (entendre la neige tomber, les pas dans la neige, les voitures klaxonner) pour nous livrer à un festival de sons. 
Ida : Photo Agata Kulesza, Agata Trzebuchowska
En même temps, il a soigné son image aussi. Ce noir et blanc est sans doute le plus sublime vu depuis des lustres. Cette neige blanche avec toutes ses nuances, ces gris, ces noirs. Le réalisateur, quoiqu'on en pense, joue avec les couleurs, surtout leurs nuances. Car le film baigne dans la nuance. Outre ce noir et blanc qui, bizarrement, rend l'histoire plus proche de nous, presque volée, souvent au plus proche de l'intime et de l'interdit. Ce film possède donc des nuances à tous les niveaux. Cette tante paraît froide et dure au premier abord, une femme forte aussi. Mais on se rend compte qu'elle a aussi ses faiblesses, ses blessures et qu'elle essaie de vivre avec. Cette femme peut paraître lamentable à beaucoup : elle n'a pas vu sa nièce depuis dix ans, elle a changé de nom, elle fume beaucoup trop et elle couche avec le premier venu. Mais le réalisateur a l'intelligence de la montrer lucide envers le monde qui l'entoure, généreuse et directe. A l'opposé, on a cette nonne, victime d'un mensonge malgré elle, complètement vierge et neutre de la vie en société, qui regarde tout avec des yeux d'enfant, émerveillée, horrifiée, attristée. Cette nonne tente la chair, a son premier rapport. 
Ida : Photo Agata Trzebuchowska, Dawid Ogrodnik
Elle comprend tout tout de suite, elle raisonne, de manière raffinée en plus. Cette opposition, entre la grâce et la pureté et la pécheresse et le populisme, peut choquer mais c'est la grande réussite du film : montrer qu'en chacun réside quelqu'un d'autre. Evidemment, le film suit le parcours d'Ida, son apprentissage du monde réel, son éducation sexuelle. On peut être déçu par la résolution finale mais rien n'enlève au charme du film : une musique douce et mélancolique flotte dans les airs, un parfum de grâce et d'élégance, une poésie muette et fluette. La jeune Agata Trzebuchowska est prodigieuse, entre naturel, douceur et retenue, face à Agata Kulesza, formidable en femme extravertie, prête à tout, arrivant à lui donner un peu de compassion. Ce duo est bien drôle mais le film est plus que sérieux. Il traite de la rancune, du pardon et cela avec finesse et jamais d'artifices. Avec calme et sans en faire trop. Les dialogues nous expliquent, presque implicitement, les faits passés. Le réalisateur a vraiment une qualité d'écriture romanesque. A la fois grave, puissant dans son propos et d'une douceur inouie face à cette vie monstrueuse, IDA avance en tant que film de référence polonais. Un grand film, esthétiquement parlant et politiquement parlant. Une merveille. 


 Ida
Fiche technique
Réalisé par : Pawel Pawlikowski
Avec les performances de : Agata Trzebuchowska, Agata Kulesza, Halina Skoczynska, Dawid Ogrodnik... 
Qui dure : 81 minutes
Dans le genre : Drame
Qui vient de : Pologne
Sorti en France le : 12 février 2014
Distribué par : Memento Films
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