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vendredi 27 mars 2015

CRITIQUE : à la fois leçon d'histoire appliquée et portrait de Luther King intriguant, ce biopic donne des frissons, fait réagir, n'est pas dénué d'émotions ni d'une mise en scène classe

Selma : Photo Colman Domingo, Corey Reynolds, David OyelowoSELMA


De quoi ça parle ? : Selma retrace la lutte historique du Dr Martin Luther King pour garantir le droit de vote à tous les citoyens. Une dangereuse et terrifiante campagne qui s’est achevée par une longue marche, depuis la ville de Selma jusqu’à celle de Montgomery, en Alabama, et qui a conduit le président Jonhson à signer la loi sur le droit de vote en 1965.

Mais il est bien le film ? : On peut critiquer SELMA sur différents points. Tout d'abord, l'envie de faire venir un maximum de personnalités reconnues pour intriguer les spectateurs. On n'a rien contre Oprah Winfrey mais on doit dire que son rôle laisse à désirer et qu'elle n'a rien à se mettre sous la dent en terme de personnage. Quant à Tim Roth, qui fait l'imbécile dans un rôle insupportable ou encore Giovanni Ribisi, au ton innocent mais au jeu trop lisse, on se demande ce qu'ils viennent faire là. Et puis il y a Common qui joue l'acteur. Il n'est pas si mauvais mais on est loin d'un Eminem dans 8 MILE. On retrouve des têtes disparues - Colman Domingo et Lorraine Toussaint - qui jouent des seconds rôles qui auraient pu gagner en profondeur mais qui se reposent sur la solidité de leurs interprètes, que l'on sent impliqués. Après cela, on remarque un certain académisme dans la narration, qui n'invente rien, résume les faits au risque de perdre certains spectateurs en route, aligne scènes de dialogues et celles de marche, celles de combat et de violences avec celles d'émotion. Un profond académisme qui risque de faire lorgner le film vers l'anecdotique. C'était sans compter le traitement de chaque partie. Lorsqu'Ava Duvernay veut susciter l'émotion, elle y parvient par divers procédés. 
Soit en restant sobre, en prenant le spectateur par surprise en le choquant après une période calme (comme la première scène du film où l'on voie des petites filles descendre un escalier, qui s'avère déchirante), soit en insistant sur les violences faites aux individus noirs lors de la traversée ou simplement dans les rues (la réalisatrice se montre toujours respectueuse). Le film respire la hâte, la précipitation, pour mieux retransmettre le déroulement rapide des événements mais aussi la brièveté comme l'intensité de certaines scènes. Les scènes de violence font réagir, celles de débats ou de discussions sociales et du mouvement sont intéressantes car elles permettent de confronter plusieurs points de vue sur les choses à faire, sans hisser Luther King au rang de leader mais à celui de guide ou de représentant. C'est justement cette volonté de la réalisatrice de ne pas montrer Luther King comme un chef mais comme un porte parole qui donne tout son sens et son intérêt au film. Même si l'on sent l'adoration de la réalisatrice pour le pasteur, elle ne le met jamais sur un piédestal, on reste loin de l'éloge de cet homme. 
Selma : Photo Colman Domingo, Corey Reynolds, David Oyelowo, Tessa Thompson
Le discours reste honnête, la réalisatrice montre un homme plein de qualités (spontanéité, honnêteté, générosité, diplomate) mais en dévoile aussi les faiblesses : la peur de décevoir, la famille, l'éloignement de la politique. De ce point là, on remarque la finesse du jeu de David Oyelowo, formidable en pasteur convaincu mais en mari en plein doute. Il faut souligner aussi la prestation pleine de grâce de Carmen Ejogo qui joue la femme de Luther King, personnage prenant de l'ampleur et de la densité. On croise aussi Malcolm X mais surtout le président Johnson, interprété avec inspiration par Tom Wilkinson. C'est ce trio là qui domine le film. Luther King en plein doute qui se bat pour ses idéaux, pour convaincre un président très pris, un président lui aussi en plein doute entre sa fonction, ce qu'il représente et son parti politique, et enfin cette mère qui donne de l'émotion à un film certes scolaire mais pas dénué de charme. En témoignent la mise en scène très classe, appliquée, avec une belle reconstitution et surtout les scènes de marche, qui donnent des frissons par les cadrages de la réalisatrice tantôt voulant montrer Luther King tantôt la foule entière. Une belle leçon d'histoire, avec ses nombreuses qualités, qu'on aurait juste aimé un peu plus novateur. 


 Selma
Fiche technique
Réalisé par : Ava Duvernay
Avec les performances de : David Oyelowo, Carmen Ejogo, Tom Wilkinson, Giovanni Ribisi, Lorraine Toussaint, Common, Alessandro Nivola, Tessa Thompson, Tim Roth, Cuba Jr., Oprah Winfrey... 
Qui dure : 128 minutes
Dans le genre : Drame historique
Qui vient des : Etats Unis
Sorti en France le : 11 mars 2015
Distribué par : Pathé
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