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vendredi 20 mars 2015

CRITIQUE : Eastwood filme la guerre avec une mise en scène superbe (sons, images, rythme, souffle, climat) mais manque de profondeur dans son approche du trouble du héros, pêche par son manichéisme, ses acteurs pas toujours justes et son démarrage assez minable

American Sniper : Photo Bradley CooperAMERICAN SNIPER

De quoi ça parle ? : Tireur d'élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d'innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de "La Légende". Cependant, sa réputation se propage au-delà des lignes ennemies, si bien que sa tête est mise à prix et qu'il devient une cible privilégiée des insurgés. Malgré le danger, et l'angoisse dans laquelle vit sa famille, Chris participe à quatre batailles décisives parmi les plus terribles de la guerre en Irak, s'imposant ainsi comme l'incarnation vivante de la devise des SEAL : "Pas de quartier !" Mais en rentrant au pays, Chris prend conscience qu'il ne parvient pas à retrouver une vie normale.

Mais il est bien le film ? : Avant de tirer sur le film, parlons de ce qui marche dans le dernier opus d'Eastwood, de ce qui plaît comme de ce qui est maîtrisé et prouve bien que l'on retrouve le metteur en scène, après le navet JERSEY BOYS. Un cran au dessus de JERSEY BOYS donc, cet AMERICAN SNIPER est une merveille visuelle, sonore et sensitive. Tout d'abord, on ne peut que constater la maîtrise formelle du réalisateur. Il a su inévitablement nous immiscer dans ce monde qu'est la guerre en Irak. Avec une mise en scène réaliste, avec des décors qui sonnent relativement vrais, le réalisateur réussit à rendre authentique ce qui se passe sous nos yeux. Le réalisateur n'épargne rien. Les obus fusent, les lance flammes sont utilisés, les snipers tirent sur tout ce qui bouge. Un climat d'alerte et de tension s'installe. Les soldats sont en stress intense et cela se ressent à l'écran. Ils ont un rôle à jouer. Ils passent à travers les balles, tombent parfois. La réalité de la guerre est montrée de front, sans enjoliver ou magnifier.Non, Eastwood ne veut pas magnifier cette guerre, il veut juste garder en mémoire les horreurs qui s'y sont commises, comment vivaient les soldats, à quoi ils étaient confrontés. De ce point là, Eastwood fait des prouesses. La fureur qui se dégage des mouvements des soldats, leurs maladresses des fois. Tous les gestes ont un sens. 
American Sniper : Photo Bradley Cooper
Le réalisateur capte chaque geste comme si c'était le dernier pour mieux rendre compte du climat suicidaire et risqué dans lequel se lancent les soldats. On saluera aussi le remarquable travail sur le son. En effet, les explosions, les pas, les tirs, tout est accentué et le réalisateur joue de ces divers effets sonores. Son film, d'un point de vue sonore, fait beaucoup de bruit mais en même temps, ces bruits sont nécessaires pour affirmer la volonté du réalisateur de filmer la guerre dans son ensemble. Ensuite, on semble être au plus près des soldats. La mise en scène est organique, suit les pas des soldats, leur avancée. Le film bénéficie du rythme des soldats eux mêmes. D'un point de vue sensitif, on ressent les blessures, qu'Eastwood montre sans pudeur. Il se préoccupe de rapprocher son film au plus près de la réalité des faits et pas justement d'éviter de heurter les jeunes spectateurs. En fin de compte, AMERICAN SNIPER est un film de guerre réaliste, au plus près du réel, brutal, toujours alerte, jamais très serein. Dommage alors que le réalisateur se perde du côté du scénario. Que ce soient ces vingt premières minutes qui avoisinent le pire du cinéma. Cette rencontre avec le héros, qu'on a du mal à apprécier. Son entrainement chez les marines, qui sonne faux et surtout côtoie le mauvais goût constamment. Ou encore cette naissance d'un amour entre Kyle et son épouse, qui est expédiée, pas vraiment réaliste d'un point de vue rythmique cette fois-ci. Les vingt premières minutes sont atroces, dénuées de profondeur, ressemblant à une sitcom tout juste bonne à remplir les programmes de TF1 l'après midi. La relation amoureuse justement entre Kyle et sa femme patine, patauge, se noie dans la simplicité. Dès que le soldat rentre à la maison, évidemment la femme lui dit qu'il lui a manqué, qu'il a changé, comme si le spectateur n'avait pas vu cela de ses propres yeux. La femme ne sert plus alors à rien, si ce n'est tenir la part féminine d'un film trop masculin peut être. Sienna Miller, malheureusement, joue souvent mal (lors d'un appel téléphonique où elle a un véritable problème à trouver la bonne émotion sur son visage) et n'arrive pas à donner de l'épaisseur à son personnage, qui reste presque anecdotique. 
American Sniper : Photo Bradley Cooper
Ensuite, si au départ il était catastrophique entre grimaces gênées et recherche inaboutie du bon sentiment, Bradley Cooper, une fois dans l'armée, semble retrouver sa forme et surtout la singularité de son jeu : instinctif, animal, solennel et en retenue là où Sienna Miller peut en faire des tonnes. Ensuite, le propos d'Eastwood sur les forces opposées à la guerre demeure manichéen jusqu'au bout. Il glorifie les soldats américains, montre des soldats afghans monstrueux, suicidaires, kamikazes, sans humanité. Son discours déçoit, car il conjugue tous les clichés et sonne trop américain. Une sorte d'éloge du courage des combattants américains en Irak. Il essaie souvent de montrer le désordre sentimental et psychologique du héros mais s'y attaque de façon trop appuyée, guère subtile. Le film devient alors démonstratif dans le trouble de son héros et inadmissible d'un point de vue idéologique : les américains sont souvent magnifiés dans leurs élans par Eastwood, pardonnés aussi, les afghans, eux, sont montrés comme des brutes épaisses, sans foi ni loi, et sa critique domine. Pourtant, la scène finale, ambiguë, nuancée, intense et vraiment angoissante, nous signale le retour du grand réalisateur qu'est Eastwood. Dommage qu'il ait fallu attendre deux heures entières de manichéisme et de manque de profondeur pour enfin le retrouver. 


 American Sniper
Fiche technique
Réalisé par : Clint Eatswood
Avec les performances de : Bradley Cooper, Luke Grimes, Sienna Miller, Jack McDorman, Cory Hardrict, Kyle Gallner...
Qui dure : 132 minutes
Dans le genre : Drame, guerre
Qui vient des : Etats Unis
Sorti en France le : 18 février 2015
Distribué par : Warner Bros
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