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lundi 16 mars 2015

COUP DE COEUR : sous les airs d'un drame poignant sur le divorce, les auteurs signent aussi une peinture de la société israélienne avec ironie, pertinence et absurdité. Une perle rare !

Le procès de Viviane Amsalem : Photo Menashe Noy, Ronit Elkabetz, Sasson GabaiLE PROCES DE VIVIANE AMSALEM (GETT)

De quoi ça parle ? : Viviane Amsalem demande le divorce depuis trois ans, et son mari, Elisha, le lui refuse.
Or en Israël, seuls les Rabbins peuvent prononcer un mariage et sa dissolution, qui n'est elle-même possible qu’avec le plein consentement du mari.
Sa froide obstination, la détermination de Viviane de lutter pour sa liberté, et le rôle ambigu des juges dessinent les contours d’une procédure où le tragique le dispute à l'absurde, où l'on juge de tout, sauf de la requête initiale.

Mais il est bien le film ? : Une oeuvre complète, unique, universelle, mémorable. Les adjectifs mélioratifs manquent pour décrire ce film si splendide. Le film parle du divorce. Mais le film demeure sur le ton de la farce. Jamais les protagonistes n'ont vraiment la parole, ni le temps de dire ce qui les pousse à demander le divorce. La femme, par exemple, subit le patriarcat et n'a presque jamais la parole. Le mari, lui, ne se présente jamais et refuse de divorcer. Sur cet opposition des points de vue, le film se structure. Pendant deux heures, le film avance, recule parfois. On suit le combat, presque épique et intense, de cette femme, qui essaie de convaincre son mari de la laisser partir. Ce combat se ressent à travers le visage fatigué, blasé, énervé et tragique de Ronit Elkabetz, qui prouve une fois encore toute l'étendue de son talent. Face à elle, un Simon Abkarian assez absent et plein de recul pour donner l'impression d'un mari dépassé, sans grande ambition. Au milieu, se trouvent les avocats : l'un honnête, l'autre malhonnête. Mais parfois, la force du film est de les réunir sur certains points, certains faits. Ils échangent parfois leur rôle : celui qui était honnête jusqu'alors cache un lourd secret tandis que celui qui flattait les jurés depuis le début balance la vérité nue. 
Le procès de Viviane Amsalem : Photo Eli Gornstein
Le film capte quand même une femme, dans ses retranchements, dans son audace, dans sa provocation, dans sa ténacité, dans sa patience et sa force. Ce sublime portrait de femme battante et volontaire rayonne. Mais le vrai défi du film était de ne pas ennuyer le spectateur à cause des contraintes de mise en scène : tourner dans une salle unique. La réussite du film tient justement dans sa capacité à captiver toujours l'attention. Les plans ne sont jamais les mêmes, les auteurs s'amusant à filmer leurs personnages de manière différente pour capter des émotions différentes. Ils changent régulièrement de visage pour montrer que l'audience se joue entre de nombreux personnages. Cette contrainte de mise en scène (un espace clos) montre le talent des auteurs : ils parviennent à atteindre un degré d'emprisonnement, une volonté de liberté, parviennent à faire ressentir la chaleur, la fatigue. Les murs sont imposants. Les portes réussissent, même avec la lumière du jour, à effrayer le spectateur, ne sachant pas qui va entrer ni qui va sortir. Ce défi de mise en scène, les auteurs le relèvent et l'exploitent avec finesse. Mais à travers ce combat étouffant grâce à la mise en scène arrive à captiver jusqu'au bout. Montrant des rituels bien d'Israël : les rabbins juges, la méthode de divorce, les auteurs font une peinture d'Israël à travers le portrait d'un couple. Car les auteurs manient aussi bien l'ironie que le romanesque ou le drame. Si le film se veut poignant dans ses discours, dans sa lenteur, dans les émotions, dans les déceptions, il se veut aussi très satirique et donc plutôt amusant. 
Le procès de Viviane Amsalem : Photo Ronit Elkabetz
L'audience, dans sa durée (plus de cinq ans quand même), fait rire. Certains témoignages sont grotesques et portent eux aussi à rire. Les réactions des rabbins sont aussi un gage d'humour. Si la dureté paraît à première vue, l'ironie l'emporte. Ces rabbins, incapables d'agir, ces avocats qui se mettent des poings verbaux, ces témoignages qui ne servent en rien l'affaire du divorce. Tous ces éléments, tous les témoignages font justement oublier à tout le monde pourquoi ils sont réunis dans cette salle d'audience. On s'éloigne souvent du sujet, parlant de tout sauf du divorce ou des époux, parlant de la vie des témoins. Cette ironie permet au film de ne pas trop peser sur le spectateur mais en même temps, à travers ce raisonnement inductif, permet de réfléchir sur la société israélienne, sur la place des femmes, sur l'argumentation aussi. Car ce film est un pur plaidoyer comme un véritable réquisitoire, un film où les mots sont aussi importants que les gestes ou les regards, un film où la volonté se ressent dans le discours. Un film qui s'émancipe de ses contraintes pour briller de mille feux. Une réflexion intelligente, même brillante, sur la société israélienne, par le biais de l'humour et de l'absurde, dans une salle close où se joue un drame poignant. 


 Le procès de Viviane Amsalem
Fiche technique
Réalisé par : Ronit et Shlomi Elkabetz
Avec les performances de : Ronit Elkabetz, Simon Abkarian, Menashe Noy, Sasson Gabai, Eli Gornstein, Gabi Amrani... 
Qui dure : 115 minutes
Dans le genre : Drame
Qui vient d' : Israël
Sorti en France le : 25 juin 2014
Distribué par : Les Films du Losange
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