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samedi 24 janvier 2015

CRITIQUE : un parcours fascinant capté avec respect et majesté par Angelina Jolie, qui filme un duel remarquable entre le fragile et enragé Jack O'Connell et le gracieux et complexe Miyavi. Un sommet du cinéma américain !

INVINCIBLE

De quoi ça parle ? : L'incroyable destin du coureur olympique et héros de la Seconde Guerre mondiale Louis "Louie" Zamperini dont l'avion s'est écrasé en mer en 1942, tuant huit membres de l'équipage et laissant les trois rescapés sur un canot de sauvetage où deux d'entre eux survécurent 47 jours durant, avant d'être capturés par la marine japonaise et envoyés dans un camp de prisonniers de guerre.

Mais il est bien le film ? : Commençons par ce qui fâche : la fin, qui oublie un thème clé de la vie du coureur olympique, juste signalée par un rapide rappel final de la suite des aventures de Zamperini. Parfois, le film peut avoisiner le ridicule (les pâtes, les requins...). En dehors de cela, on n'a rien à redire à ce deuxième film d'Angelina Jolie. Elle filme le destin d'un héros hors du commun. Elle prend pour parti pris de nous le présenter sous un angle peu flatteur : buvant de l'alcool très jeune, très chaimailleur, susceptible et très instinctif. La réalisatrice ne fait rien pour nous le montrer vraiment glorieux. Mais la naissance d'une passion pour la course, Angelina Jolie va la filmer de manière admirable, en filmant ces pieds qui bougent à grand vitesse, en filmant également le changement d'âge avec une finesse infinie. Les courses sont mémorables et la réalisatrice réussit à leur donner le suspense, la tension et la fureur nécessaires, montrant la rage de gagner de Zamperini. Le film montre également la vie des immigrés aux Etats Unis. Sans trop s'apparenter à un documentaire ou un cours sur ce sujet, le film frôle le sujet en prenant du recul. La réalisatrice saisit ensuite l'atmosphère de l'aviation américaine. 
Avec ses pilotes tous soudés, avec un bon esprit de camaraderie, la réalisatrice souhaite faire rire et soulager un peu le spectateur avant de passer aux choses sérieuses. Cette partie là a la nonchalance, la naïveté et l'innocence que requiert un tel passage. La réalisatrice saisit bien l'humeur des soldats mais aussi leur peur lors d'une attaque aérienne, sans oublier de nous montrer l'horreur et la violence des missions. Mais la réalisatrice trouve son ton juste à partir de la partie en mer, sur la survie. Les trois jeunes encore vivants survivent à tout : une tempête, des requins, des insolations, la faim, la folie. Le film traite admirablement cette partie, sans trop de pudeur pour frapper juste, pour montrer réellement la situation des naufragés, comment ils mangent, boivent, se nourrissent. Le retour à l'instinct primaire, la réalisatrice sait le filmer. Elle dresse des plans majestueux et éblouissants d'une mère gigantesque avec de pauvres américains perdus au centre. Elle donne de faux espoirs, qui font craindre le pire destin pour les héros. La réalisatrice trouve un rythme soutenu, pas trop rapide mais pas trop lent. 
Invincible : Photo Jack O'Connell, Miyavi
Chaque épreuve est intelligemment contée, et la réalisatrice prouve ses talents de metteur en scène en filmant le temps qui passe à travers le visage de ses héros, qui change, maigrit, se salie, prend du poil. La partie où Zamperini et son ami sont capturés par un bateau sert de transition : des scènes à la raideur et à la dureté assez troublantes. La scène où ils lavent Zamperini est d'une crudité, d'une sophistique et d'un effroi redoutables. Puis le film s'en va dans les camps japonais et, là, on semble voir naître la plus grande cinéaste en activité. La façon dont elle transpose l'espoir des soldats enfermés, la façon dont elle montre leur traitement a de quoi heurter plus d'un spectateur. Elle n'épargne personne : les tortionnaires japonais et les victimes lâches américaines. Mais c'est la confrontation entre un sergent japonais et Zamperini qui fait des miracles. Véritable duel magnétique, hypnotique et fascinant, tour à tour douloureux ou doux, c'est selon. La réalisatrice le film avec une envie et un intérêt certain. 
Invincible : Photo Jack O'Connell
Les scènes de confrontation sont sublimes, avec une intensité remarquable. Le tortionnaire semble un peu fou, torturé et perturbé mais la victime semble aussi folle car elle subit sans se plaindre, subit les coups, les moqueries, les humiliations. On comprend alors, lors d'une des plus belles scènes - celle où Zamperini soulève une planche - la tragédie qui se joue sous nos yeux : ce tortionnaire n'arrive pas à admettre que sa victime est plus forte que lui. Miyavi, tout de grâce, de complexité, de stupéfaction et de rejet des codes du jeu traditionnel, signe une prestation inoubliable. Mais c'est Jack O'Connell qui frappe les yeux. Un jeu terre à terre, tour à tour subtil, raffiné puis robuste, bestial. Sa prestation restera comme le coeur du film : un acteur en état de grâce, qui atteint des sommets d'interprétation autant dans la fragilité que dans l'animosité. Si la réalisatrice semble être tourmentée par le malheur des autres, elle dresse de belles surprises et signe un film majeur de 2015. 


 Invincible
Fiche technique
Réalisé par : Angelina Jolie
Avec les performances de : Jack O'Connell (Louis Zamperini), Domnhall Gleeson (Phil), Garrett Hedlund (John Fitzgerald), Miyavi (Watanabe), Finn Wittrock (Mac)... 
Qui dure : 134 minutes
Dans le genre : Guerre, drame
Qui vient des : Etats Unis
Sorti en France le : 7 janvier 2015
Distribué par : Universal Pictures
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