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samedi 3 janvier 2015

CRITIQUE : un conte cruel sur la monstruosité des hommes, sur deux jumeaux saisissants à la relation fusionnelle déchirante, qui marque les esprits et ne laisse personne indifférent

LE GRAND CAHIER

De quoi ça parle ? : Pendant la Seconde Guerre mondiale, des jumeaux sont envoyés à la campagne, chez leur grand-mère sadique. Dans un pays dévasté, confrontés au froid, à la faim et à la cruauté humaine, ils ont pour seul refuge un grand cahier, dans lequel ils décrivent leur quotidien.

Mais il est bien le film ? : Le film suit deux jumeaux, victimes de la guerre, qui partent vivre chez leur grand mère. Après des adieux déchirants qui font verser quelques larmes, le film ne versera plus dans le sentimental. Loin de là même. Car LE GRAND CAHIER est un film sur la force. Les deux jumeaux vivent donc chez leur grand mère, une vieille femme acariâtre, cruelle, mal polie, tout sauf accueillante. Elle ne les nourrit que très rarement, les fait travailler durement. Face à ces conditions de vie difficiles, les deux jumeaux doivent s'endurcir. Ils vont d'abord le faire par eux-mêmes. En se mutilant, en se frappant, en faisant des compétitions, en relevant des épreuves, en faisant la grève de la faim. Tout cela se révèle être un exercice de style assez remarquable. La grand mère, elle même, ne comprend pas pourquoi ils se font autant de mal. Le film ressemble cependant à un conte, avec deux héros qui écrivent leur journal. Un conte où les deux jeunes héros apprennent la cruauté et la monstruosité des hommes et de la guerre. 
Le Grand Cahier : Photo András Gyémánt, László Gyémánt
Une jeune fille leur vole de la nourriture puis prétend qu'ils sont des voleurs. Une femme blonde les reçoit chez elle, fait monter en eux des désirs inexistants pour eux auparavant et leur montre l'antisémitisme. La corruption de l'église, ils apprennent aussi à la connaître. La sévérité des officiers, pareil. Les deux jumeaux vivent donc dans un environnement qui ne leur fait aucun cadeau. Ils deviennent eux aussi quelque part des monstres, en faisant chanter un curé, en tuant une femme dans une explosion. Le film a un caractère assez monstrueux mais le film parvient quand même à surmonter cette monstruosité pour éveiller un peu de beauté dans ce monde de brutes. La grand mère, au départ effrayante, se révèle être la plus gentille de tous ceux qui entourent les deux jumeaux tandis que la mère se révèle être une putain de plus. Le réalisateur insiste sur la relation fusionnelle des deux jumeaux. Mis à part leur ressemblance, ils ne se quittent jamais, font tout ensemble, survivent ensemble, endossent les coups tous les deux, se soutenant mutuellement. 
Ensemble, ils sont forts, séparés, ils sont faibles. La scène d'interrogatoire témoigne de cette idée. La scène finale, où les deux jumeaux se séparent, n'en est que plus déchirante. Jusqu'au dernier moment, on se demande s'ils vont se retourner et revenir sur leurs pas. Un suspense hallucinant pour un film qui décrit la guerre sans en faire trop, de manière sobre et un peu décalée, car loin du champ de bataille. Les deux jumeaux apprennent aussi à se débrouiller seuls, leur fusion leur permet de surmonter les épreuves, aussi bien morales que physiques, car ils perdent tous leurs êtres chers. Au final, avec une photographie qui capte toujours remarquablement bien le climat et les saisons, LE GRAND CAHIER est un conte cruel, sur l'enfance, porté par deux acteurs phénoménaux, fusionnels, tour à tour flamboyants, saisissants, effrayants, subtils et au regard dévorant. Ce film repose sur eux. Ce film qui parvient à atteindre une telle force tout en restant sobre et peu bavard mérite les éloges les plus nombreux. Ce serait mérité. LE GRAND CAHIER est un grand film, à la fois sourd et terrassant, sombre et magnifique, doux et d'une dureté implacable. 


 Le Grand Cahier
Fiche technique
Réalisé par : Janos Szasz
Avec les performances de : Andras Gyemant (Egyk), Laszlo Gyemant (Masik), Gyongyver Bognar (la mère), Prisoka Molnar (la grand mère), Ulrich Thomsen (l'officier), Orsolya Toth (Bec de lièvre), Ulrich Matthes (le père)...
Qui dure : 1h49
Dans le genre : Drame, Guerre, Conte
Qui vient de : Hongrie
Sorti en France le : 19 mars 2014
Distribué par : Pretty Pictures
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