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lundi 19 janvier 2015

CRITIQUE : sans renouveler le genre, Roskam filme des duels d'acteurs au sommet dans un polar froid et qui réserve quelques surprises

Quand vient la nuit : Photo Matthias Schoenaerts, Tom HardyQUAND VIENT LA NUIT

De quoi ça parle ? : Bob Saginowski, barman solitaire, suit d’un regard désabusé le système de blanchiment d’argent basé sur des bars-dépôts – appelés « Drop bars » - qui sévit dans les bas-fonds de Brooklyn. Avec son cousin et employeur Marv, Bob se retrouve au centre d’un braquage qui tourne mal. Il est bientôt mêlé à une enquête qui va réveiller des drames enfouis du passé...

Mais il est bien le film ? : Après le choc BULLHEAD, Roskam revient en moins bonne forme. Il s'exile aux Etats Unis pour réaliser son premier polar bien américain. Dans l'esprit, le film est américain et n'étonne guère. On a la droit à un bar bien rempli lors du Super Bowl, des alcoolos plein la rue, de la violence dans les quartiers modestes, un rapport aux flingues assez privilégié. Bref, Roskam a du mal à innover. Il intègre bien sûr la femme fatale, au départ robuste et modeste, interprétée avec pertinence par une Noomi Rapace métamorphosée et grandiose, puis faible et soumise à la fin. On est déçu par cette facilité. De plus, les contrats, les magouilles vont bon train dans ce film. On a du mal parfois à suivre qui contrôle qui, qui est partenaire. Les alliances et les complots sont de nouveau percés à jour. Roskam n'invente rien mais fait un travail propre. Il respecte les codes du genre, les sublime parfois (la femme fatale, au départ virile, qui, en robe, paraît resplendissante). Il n'évite pas la violence. Les passages à tabac sont fréquents et méritent d'être soulignés. Evidemment, il y a des morts mais sans grande surprise. Le film avance sans trop de problèmes ni d'obstacles, enchaine les passages obligés. Mais là où Roskam perd en originalité, il le gagne en personnalité. Il suffit de regarder ce petit chien, source des problèmes comme des conflits, et on comprend la volonté de Roskam de faire un film à part. 
Quand vient la nuit : Photo Noomi Rapace, Tom Hardy
L'idée de faire de ce chien la cause de tout (jalousie, rancune, violence, confrontation) prouve l'intelligence de Roskam, qui filme également la naissance d'un amour presque impossible tant à cause des personnalités des protagonistes que par leur situation. Il filme cet amour avec précaution, ne va pas trop vite et use de sa scène finale pour éclairer le chemin qu'il voulait prendre. Il parvient aussi à vraiment atteindre une certaine intensité lors des rencontres entre hommes, où la puissance des dialogues mais surtout la présence des acteurs font de ces duels des moments de bravoure et d'anthologie. Voir Matthias Schoenaerts, méconnaissable, robuste, agressif, vaniteux, s'opposer au timide Tom Hardy, qui paraît inoffensif et gentil, donne tout son sens au film. En effet, avec la révélation finale, la loi du plus fort est inversé. Celui qui subit va finalement prendre le dessus. La vengeance est filmée sobrement, avec délicatesse mais sans perdre en éclatements. On apprend l'identité d'un tueur, qui naît ou plutôt se révèle sous nos yeux. Pour cette surprise, le film mérite d'être vu. De par ce chien si hypnotique, cette caméra qui filme la neige pour mieux représenter la misère et l'absence d'échappatoire, qui filme la menace dans une nuit embarrassante ou dans une ruelle glacée, de par ces bonnes idées (le cousin est il traître ou ami). Au final, QUAND VIENT LA NUIT frappe juste, sans trop faire d'étincelles. Mais au moins, le travail est bien fait, les acteurs sont présents (et quelle présence que celle de James Gandolfini) et le réalisateur soigne son atmosphère. Avec quelques surprises en amuse bouche, son film vaut le coup d'oeil. 


 Quand vient la nuit
Fiche technique
Réalisé par : Michael R Roskam
Avec les performances de : Tom Hardy (Bob Saginowski), Noomi Rapace (Nadia), James Gandolfini (cousin Marv), Matthias Schoenaerts (Eric), John  Ortiz (détective Tores), Michael Aronov (Chovka)...
Qui dure : 105 minutes
Dans le genre : Polar, drame
Qui vient des : Etats Unis
Sorti en France le : 12 novembre 2014
Distribué par : 20th  Century Fox
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