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lundi 5 janvier 2015

CRITIQUE : malgré de grosses faiblesses, EXODUS est un bon cru : des dialogues enflammés, une mise en scène impressionnante, des parti pris audacieux et surtout un bel adieu au frère du réalisateur

Exodus: Gods And Kings : Photo Joel Edgerton
EXODUS

De quoi ça parle ? : L’histoire d’un homme qui osa braver la puissance de tout un empire.
Ridley Scott nous offre une nouvelle vision de l’histoire de Moïse, leader insoumis qui défia le pharaon Ramsès, entraînant 600 000 esclaves dans un périple grandiose pour fuir l’Egypte et échapper au terrible cycle des dix plaies.

Mais il est bien le film ? : Ridley Scott est un maître de tous les genres. Si ses films sont parfois trop surestimés (GLADIATOR critique prochainement), son dernier opus, relatant le mythe fondateur de Moïse, a déchaîné les plus violentes critiques. Pourtant, son EXODUS est un produit honnête. Débutant sur une scène de bataille assez phénoménale, entre combats armés, charge de cavalerie, attaque de chars. Ridley Scott n'a pas perdu la main. Il filme même ça avec une fougue qu'il semblait avoir perdue, et nous montre ses talents de photographe, jouant avec la lumière du soleil, comme indicateur temporel. La scène est impressionnante, parfois violente, semble crédible et détient un souffle impérial et combattant fortement intéressant. Tout son film continue de dégager un souffle héroïque monstrueux, propre à lui-même. Les dix plaies d'Egypte sont absolument virtuoses, captées avec sagesse et un soupçon de lyrisme par Scott, bien que les piqûres d'insectes sur les visages des interprètes ne fassent guère crédibles. Les interprètes, voilà ce qui cloche. Si la jeune actrice jouant la femme de Moïse est splendide, subtile dans son jeu, c'est Christian Bale qui épate le plus. 
Exodus: Gods And Kings : Photo Christian Bale, Joel Edgerton
Entre fougue des jeunes années, rage de l'homme mur et désespoir du père soumis à plusieurs jugements, il parvient à capter les sentiments qui traversèrent ce personnage biblique et réussit à lui donner de la chair et du capital sympathie. A l'inverse, Ramsès nous apparaît comme un gosse pourri gâté, ne voulant pas grandir, fuyant les responsabilités, très susceptible et peu sage. Cette opposition, Scott la marque avec finesse mais n'est pas aidé par un Joel Edgerton dont le degré de profondeur est proche de zéro. Que dire des autres interprètes qui ne paraissent pas jouer les bons personnages. John Stilinski en pharaon sérieusement ? Que fait Sigourney Weaver mis à part de la figuration (ratée en plus) ? Même Hiam Abbass, pourtant juste dans son rôle, semble ne pas croire. Le problème est que les acteurs ne sont pas crédibles physiquement, provoquant le rire. Le réalisateur s'éloigne ensuite parfois trop du texte originel, parfois ayant raison, parfois s'égarant complètement. La meilleure proposition qu'il fait dans ce film est évidemment le jeune Dieu, qui nous apparaît sous les traits d'un jeune garçon, au jeu félin, imposant et menaçant. Il tient tête à tous les acteurs malgré son jeune âge et sa jeunesse est le synonyme de l'audace qu'a voulue développer Scott, sans toutefois y arriver avec chaque détail, comme cette vision horrifique un peu exagérée de la vie des esclaves. 
Le réalisateur peut se montrer très émotif, très intense lors notamment de la mort du fils de Ramsès, une scène qui vaut le détour par son calme, son silence et son caractère effroyable. Le film montre un combat d'idées (la démocratie contre la dictature), un combat de religions, de culte mais n'oublie pas de garantir le spectacle, notamment avec cette scène de la traversée de la mer rouge, terminée par un ras de marée extraordinaire qui prouve tout le talent de faiseur de Scott. Il a gardé également sa maestria, comme le démontre la scène où des cheveux et des chars basculent dans le vide, sous l'écroulement d'un sentier. Entre un Ramsès nonchalant, paresseux, inférieur intellectuellement et un Moïse sage et volontaire, le réalisateur veut donner sa vision du mythe, même si la prédiction du début sonne complètement faux puisque Ramsès n'est pas encore roi et que l'histoire se bâtit malheureusement sur une erreur de scénario qui pèse lourd. Si le film a de grosses faiblesses qui l'empêchent d'être un chef d'oeuvre, il n'en demeure pas moins un divertissement honnête, impressionnant, avec des duels verbaux saisissants, des combats flamboyants et une intensité troublante. EXODUS est finalement un adieu touchant et magnifique de Scott à son frère, à travers la sublime métaphore de la Mer rouge, séparant Moïse et Ramsès, l'un du côté des vivants, l'autre du côté des morts. EXODUS n'a rien d'un navet et trouvera sa reconnaissance dans les années à venir. 


 Exodus: Gods And Kings
Fiche technique
Réalisé par : Ridley Scott
Avec les performances de : Christian Bale (Moïse), Joel Edgerton (Ramsès), John Turturro (Séthi), Aaron Paul (Josué), Ben Mendelsohn (Hegep), Ben Kingsley (Noun), Maria Valverde (Sephora), Hiam Abbass (Bithiah), Jake Frim (Dieu)...
Qui dure : 2h26
Dans le genre : Film d'aventures, drame
Qui vient des : Etats Unis
Sorti en France le : 24/12/2014
Distribué par : 20th Century Fox
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