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samedi 3 janvier 2015

CRITIQUE : Audiard plus émouvant que jamais dans un drame sur le combat de deux personnages dont les interprètes sont touchés par la grâc

De rouille et d'os : Photo Matthias SchoenaertsDE ROUILLE ET D’OS

De quoi ça parle ? : Ali se retrouve avec Sam, 5 ans, sur les bras. C’est son fils, il le connaît à peine. Sans domicile, sans argent et sans amis, Ali trouve refuge chez sa sœur à Antibes. Là-bas, c’est tout de suite mieux, elle les héberge dans le garage de son pavillon, elle s’occupe du petit et il fait beau.  A la suite d’une bagarre dans une boîte de nuit, son destin croise celui de Stéphanie. Il la ramène chez elle et lui laisse son téléphone. Il est pauvre ; elle est belle et pleine d’assurance. C’est une princesse. Tout les oppose. Stéphanie est dresseuse d’orques au Marineland. Il faudra que le spectacle tourne au drame pour qu’un coup de téléphone dans la nuit les réunisse à nouveau. 
 De rouille et d'os : Photo
Mais il est bien le film ? : Jacques Audiard filme deux combats, d'horizons différents. Le premier est mené par Stéphanie, qui a perdu ses deux jambes. Elle lutte pour changer le regard des autres sur son infirmité. Elle souffre de leur regard. Elle essaie aussi de se rendre la plus normale possible, en cachant son infirmité. Ce personnage, Audiard le capte avec beauté, à travers la prestation magistrale de Marion Cotillard, à la fois humble, gracieuse et dure. Il capte ses états d'âme avec une finesse inattendue. Mais la secousse a lieu quand elle rencontre Ali, grosse baraque, un gosse sous les bras, qui se bat, au sens propre du terme, pour subvenir aux besoins de son fils et lui offrir un bel avenir. Ces deux combats se font écho d'une manière assez remarquable : l'un mental, l'autre physique, mais tous deux en raccord avec le corps : la première avec un corps brisé, l'autre avec un corps qui brise. Leur rencontre fait des étincelles, illuminée par la photographie ensoleillée et froide aussi qu'Audiard développe tout du long. Leur relation restera toujours ambiguë, entre amitié, connaissance, sexe et amour. Cette relation ambiguë permet cependant aux deux êtres de se reconstruire, l'une en retrouvant le plaisir, l'amour, la solidarité, le travail, l'autre en redécouvrant la douceur, la gentillesse, la force et le courage. 
La grâce de Cotillard se confronte à la brutalité du jeu de Matthias Schoenaerts, un acteur féroce mais à la douceur bien cachée. Le film a comme objectif de faire cohabiter la médiocrité de ces deux personnages (Stéphanie a de l'orgueil, Ali est chaud lapin) avec leur beauté, à travers leur combat perpétuel. Si les seconds rôles sont aussi bien travaillés que les premiers - qui plus est interprétés avec brio par Bouli Lanners ou Corinne Masiero - le réalisateur se concentre sur ses deux êtres cabossés, qui se soutiennent - dont l'image la plus fracassante est celle d'Ali portant Stéphanie sur une plage au regard des autres. Mais le film parle aussi d'un père, où toute la fragilité mais aussi l'animosité d'un même personnage éclatent au grand jour. La scène où il brise la glace est dotée d'une intensité folle, propre à Audiard. De plus, seule la voix de Stéphanie peut le rassurer, le réconforter, le calmer, tandis qu'il reste le seul à pouvoir la faire rire, s'amuser et profiter de la vie. Au final, DE ROUILLE ET D'OS montre une France cabossée par la vie, sans espoir, mais où l'amour rallie et solidifie les êtres, à travers l'amour d'un père à son fils (le prodigieux Armand Verdure). Audiard signe son film peut être le plus émouvant, sans doute le plus abouti en termes visuels, soutenu par deux acteurs en état de grâce et un sens du romanesque plus qu'épatant. 


 De rouille et d'os
Fiche technique
Réalisé par : Jacques Audiard
Avec les performances de : Marion Cotillard (Stéphanie), Matthias Schoenaerts (Ali), Armand Verdure (Sam), Céline Sallette (Louise), Corinne Masiero (Anna), Bouli Lanners (Martial)...
Qui dure : 1h58
Dans le genre : Drame
Qui vient de : France
Sorti en France le : 16 mai 2012
Distribué par : UGC
Lauréat de : Césars de l'Espoire masculin, de la photographie, de l'adaptation, de la musique, du montage. Lumières du meilleur réalisateur et du meilleur scénario. Swann d'Or. Globes de Cristal de la meilleure actrice et du meilleur film...
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