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jeudi 24 avril 2014

CARNET CRITIQUES : une adaptation de Blanche Neige qui, malgré une mise en place lourdingue, évite les terrains balisés pour au final un conte ambitieux, poétique, burlesque, rétro et qui révèle une actrice lumineuse et fait le portrait d'un sport typiquement espagnol.

Blancanieves : Photo Macarena García
BLANCANIEVES

De quoi ça parle ? : Sud de l’Espagne, dans les années 20. Carmen est une belle jeune fille dont l’enfance a été hantée par une belle-mère acariâtre. Fuyant un passé dont elle n’a plus mémoire, Carmen va faire une rencontre insolite : une troupe ambulante de nains toreros qui va l’adopter et lui donner le surnom de "Blancanieves". C’est le début d’une aventure qui va conduire Carmen/Blancanieves vers elle-même, vers son passé, et surtout vers un destin à nul autre semblable…

Mais il est bien le film ? : L'Espagne nous livre un film en noir et blanc, muet, dont l'action se situe au début des années 20. Ca vous rappelle quelque chose ? Non, BLANCANIEVES ne surfe pas sur le succès de THE ARTIST. Le film reste d'ailleurs très éloigné, moins académique et plus passionnant. Si l'on connaît l'histoire par coeur (belle mère odieuse, rencontre avec les nains, chasseur laissant la vie sauve à l'héroïne), cette adaptation du conte de Blanche Neige a de beaux atouts. Tout d'abord, il y a son actrice, la jeune Macarena Garcia, souriante, fraîche, lumineuse et pleine d'énergie. Elle possède la beauté et la bonté que Blanche Neige doit avoir. Face à elle, en belle mère insupportable, on trouve la formidable Maribel Verdu. Elle livre une prestation époustouflante, entre haine, folie, sadisme et jalousie. 

On voit aussi les petits nains, tous adorables et ayant chacun une personnalité bien à eux. La rencontre de Blanche Neige avec les nains est une belle scène mais le film se détache du conte pour livrer une histoire purement originale. Les vingt premières minutes montrent les parents de l'héroïne, lors d'un tournoi puis dans un hôpital. On ne comprend pas tout de suite, on pense s'être trompé de film mais non, on visionne bien BLANCANIEVES. Le film met du temps à attaquer la partie adulte du film. Cependant, le film trouve ses plus belles scènes dans les parties relatant la jeunesse de l'héroïne. Celles avec la grand mère réchauffent le coeur, font sourire et sont agréables, celles avec la belle mère sont insoutenables, entre horreur, sadisme et malaise. La jeunesse de l'héroïne passionne, le temps de longues scènes, dont certaines tirent leur épingle du jeu : celles avec le père, d'une sincérité touchante. 

Au final, BLANCANIEVES bénéficie d'une actrice prometteuse et vraiment douée pour s'échapper des terrains balisés d'adaptations de contes. Il fait le portrait d'un sport réputé en Espagne avec de belles images, une belle leçon de vie et de morale. Le film prône la camaraderie, les bons sentiments en nous confrontant à l'horreur, à l'agressivité et à la méchanceté, représentés par la belle mère. Le film est aussi le portrait fin et judicieux d'une jeune fille avec qui la vie n'a pas été tendre et qui essaie de se tracer une route, malgré les obstacles. Enfin, le noir et blanc apporte un touche poétique au film, amplifiée par l'absence de dialogues. Un joli conte, en somme, poétique, frais, imaginatif, plutôt original, bien filmé, pas du tout soporifique, juste un peu long dans sa mise en place, mais avec de vraies trouvailles (la pomme, le caractère de la belle mère, les premières scènes), un burlesque assumé, une gentillesse touchante. Un film ambitieux, technique, bien écrit et surtout, une belle façon de rendre hommage au cinéma espagnol ainsi qu'au patrimoine du pays à travers les aventures d'une héroïne trépidantes, jamais attendues. Une belle surprise de la part de nos amis espagnols. 

 Blancanieves
Un film de Pablo Berger
Avec comme interprètes Macarena Garcia, Maribel Verdu, Daniel Gimenez Cacho, Angela Molina, Pere Ponce, Sofia Oria...
Durée du film 1h40
Genre du film Drame
Nationalité espagnole
Distribué par Rezo Films
Sorti en France le 23 Janvier 2013
lauréat de 7 Goya en 2013
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