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mercredi 2 avril 2014

CARNET CRITIQUES : La vérité sur Mary Poppins et un portrait d'un monde futuriste assez surprenant pour deux prestations exceptionnelles : celles de Caleb Landry Jones et Emma Thompson

Antiviral : Photo
ANTIVIRAL 

De quoi ça parle ? : La communion des fans avec leurs idoles ne connait plus de limites.
Syd March est employé d’une clinique spécialisée dans la vente et l’injection de virus ayant infecté des célébrités. Mais il vend aussi ces échantillons, pour son propre compte, à de puissantes organisations criminelles. Sa méthode pour déjouer les contrôles de la clinique : s’injecter les virus à lui-même...
Mais ce procédé va s’avérer doublement dangereux : porteur du germe mortel ayant contaminé la star Hannah Geist, Syd devient une cible pour les collectionneurs...


Mais il est bien le film ? : Brandon Cronenberg, fils du célèbre cinéaste, s'attaque pour son premier film à une atmosphère futuriste et horrifique. Evidemment, son film, se dirigeant sur ces deux facteurs, devient une oeuvre hybride, inatteignable pour certains, splendide pour d'autres. En effet, Cronenberg Jr. a trouvé un pitch fantastique (les fans , pour ressembler à leurs idoles, s'implantent les mêmes maladies qu'elles) et très fin. En effet, à travers cette thématique un peu étrange, il y a la volonté du réalisateur de dénoncer l'adoration aveugle et sans limites des fans pour leurs idoles. C'est donc une description de la population mais également de la société et de nos modes de vie (ceux à qui nous voulons ressembler, comment nous allons pouvoir leur ressembler) très noire et tout à la fois puissante car réaliste et fondée. Après, le domaine des maladies que l'on s'implante avec joie peut choquer ou faire peur mais le réalisateur réussit à pousser, avec intelligence et sophistication, le phénomène à ses extrêmes et c'est réussi.

Après, parlons un peu de l'autre facette du film : le film d'horreur. Comme dans tout film de ce genre, il y a de l'hémoglobine un peu partout. Dans la première moitié du film, le sang est utilisé à bon escient et sans exagération, presque de manière subtile. Dans la seconde moitié, le sang devient un moteur de peur et de trouble. Les vomissements de sang, les relevés de sang sont montrés dans leur monstruosité. Le sang gicle et cela devient vraiment 
embarrassant. Ensuite, si le côté film de gangsters est un peu laissé à l'abandon et surtout traité de manière vraiment poussive (les gangs, les gourous, les victimes, les deals), ANTIVIRAL reste un film d'horreur pure, qui fait peur non seulement par les images, les scènes se situant dans le noir laissant tout le temps perplexes, mais aussi par la psychologie de ses personnages, qui plus est du héros.

Cette volonté d'effrayer le public se révèle classe, généreuse et très maline. De plus, Brandon Cronenberg est un petit futé : il ne fait pas comme dans les slashers classiques, il témoigne d'une patte personnelle et d'un ton très singulier. Sa représentation de la violence et du sang s'avère élégante, aidée par une mise en scène lente, faisant perdre au film son rythme mais ce n'est pas grave, et surtout très subtile et complexe. Enfin, que serait le film sans son interprète principal ? Caleb Landry Jones a la rousseur parfaite pour le rôle, ses cheveux se confondant avec son sang. Il est littéralement dérangeant, effrayant, troublant et menaçant, de par son regard mais aussi son animosité et sa folie. Le jeune acteur porte le film sur ses épaules et témoigne d'une force et d'une liberté de jeu incroyables. Un acteur mature, qui livre une performance exceptionnelle, et qui s'avère être la révélation du film, arrivant presque à concentrer l'attention uniquement sur lui, au risque d'en oublier le film lui-même.

 Antiviral
 Un film de Brandon Cronenberg
Avec comme interprètes Caleb Landry Jones, Sarah Gadon, Joe Pingue, Douglas Smith, Malcolm McDowell...
Durée du film 1h43
Genre du film Science-fiction, horreur
Nationalité canadienne
Distribué par UFO
Sorti en France le 13 Février 2013
Lauréat du Prix des Etudiants au Festival du Film Indépendant de Bordeaux 2012.
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Dans l'ombre de Mary - La promesse de Walt Disney : Photo Emma Thompson, Tom Hanks
DANS L'OMBRE DE MARY (SAVING MR BANKS)

De quoi ça parle ? : Lorsque les filles de Walt Disney le supplient d’adapter au cinéma leur livre préféré, “Mary Poppins”, celui-ci leur fait une promesse... qu’il mettra vingt ans à tenir ! 
Dans sa quête pour obtenir les droits d’adaptation du roman, Walt Disney va se heurter à l’auteure, Pamela Lyndon Travers, femme têtue et inflexible qui n’a aucunement l’intention de laisser son héroïne bien aimée se faire malmener par la machine hollywoodienne. Mais quand les ventes du livre commencent à se raréfier et que l’argent vient à manquer, elle accepte à contrecoeur de se rendre à Los Angeles pour entendre ce que Disney a imaginé... 

Mais il est bien le film ? : On pouvait s'attendre au pire de cette plongée dans le tournage le plus difficile de l'histoire pour le studio Disney qui entourait MARY POPPINS. En effet, le film, étant signé par Disney, on s'attendait à un gros mélo, relatant simplement des faits sans aucune dimension. On n'avait pas tellement tort mais cette déception est à relativiser. Commençons par ce qui fait défaut au film. On ne peut pas nier les flash backs. Ceux-ci s'avèrent très inégaux, leur utilité à l'intrigue peut être remise en cause, surtout au début du film. Mais certains s'avèrent très touchants et très nécessaires pour comprendre le personnage de Travers. En effet, la mort du père, la venue de la tante, la chute des pommes, le vêtement rouge. Tous ces éléments permettent notre compréhension. Cependant, de nombreuses scènes, comme celle où le père joue avec ses filles, sont vraiment vaines et n'apportent rien à l'histoire si ce n'est que l'on trouve, à cause d'elles, le temps un rien trop long. 

Le tournage est évacué du film. Ce sont surtout la pré-production, passant par l'écriture du scénario, de la musique, des décors, des personnages qui est montrée ici. On peut regretter de ne pas assister aux différentes prises lors du tournage de MARY POPPINS mais au final, on n'en a guère besoin. Car le film s'intéresse à la notion de droit d'auteur, d'adaptation d'une oeuvre, de l'appropriation d'une oeuvre, de ce qu'elle représente pour son auteur et la difficulté de la céder. Toutes ces notions sont agréablement décrites et percées à jour. On en apprend beaucoup et l'on comprend qu'il n'est pas facile d'accepter que quelqu'un copie votre oeuvre, avec notamment la peur que le résultat soit mauvais et que l'ouvrage original en patisse. Le film étudie également le personnage de Pamela Travers, dont l'enfance fondatrice de sa personne et de son bouquin est décrite à travers les trop nombreux flash backs. Hancock perce le personnage à jour, le décortique, nous montre ses plaies, ses blessures, ses désirs, ses instants de bonheur, sa personnalité, également, qui s'avère très irrésistible. Un personnage vraiment passionnant.

On peut pardonner l'émotion un peu gratuite et pas très finaude du film (rappelons que c'est un film des studios Disney) même si celle-ci peut s'avérer très touchante et plutôt bien apportée. La musique, qui se veut entraînante, douce et heureuse, nous fait voyager comme dans un conte. Les séances d'écriture demeurent les scènes les plus réussies. Avec des dialogues vraiment géniaux, une mise en scène minime mais virtuose et surtout la confrontation des idées très bien captée, ce type se révèle jubilatoire et vraiment captivant. C'est un pur plaisir. Ensuite, l'attention portée aux costumes, à la reconstitution, qui passe par les vêtements, les manies, les coupes, les gestes, les bâtiments ou encore les valeurs, sonne juste et apporte du charme et de la finesse à l'ensemble. Enfin, Emma Thompson, bien que Hanks soit très drôle et parfait en Disney, livre une prestation oscarisable. Elle s’imprègne de son personnage, le fait vivre, et livre une prestation éclatante entre douceur, excentricité et fluidité de parole. Un jeu fin et gracieux, typiquement à l'anglaise qui fait que l'actrice est la bonne raison d'aller voir le film.

 
 Dans l'ombre de Mary - La promesse de Walt Disney
 Un film de John Lee Hancock
Avec comme interprètes Emma Thompson, Tom Hanks, Paul Giamatti, Jason Schwartzman, Colin Farrell, Ruth Wilson, B.J. Novak, Kathy Baker, Rachel Griffiths... 
Durée du film 2h04
Genre du film Drame, biopic
Distribué par Walt Disney Company
Nationalité américaine
Sorti en France le 5 Mars 2014
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