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dimanche 6 avril 2014

CARNET CRITIQUES : deux biopics pas inoubliables, avec de gros défauts (l'interprétation, la mise en scène ou le traitement) mais qui réussissent à trouver leur sujet : l'information 2.0 et la femme derrière chaque grand homme

Le Cinquième pouvoir : Photo Benedict Cumberbatch, Daniel Brühl
LE CINQUIEME POUVOIR (THE FIFTH ESTATE)

De quoi ça parle ? : En rendant publics des documents confidentiels, ils ont fait vaciller les plus grands pouvoirs de la planète. La révélation d’informations ultra-secrètes explosives a mis en lumière un monde jusque-là inconnu. WikiLeaks a changé la donne à jamais. Comment Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, et Daniel Domscheit-Berg, ont-ils pu obtenir ces documents ? Comment est né leur site qui, en quelques mois, a réussi à révéler bien plus de secrets que tous les plus grands médias officiels réunis ?

Mais il est bien le film ? : Daniel Brühl a le vent en poupe aux States. Après avoir joué dans RUSH, sous la direction de Ron Howard, il joue maintenant pour Bill Condon. Le réalisateur est surtout connu pour ses ratés tels que les deux derniers volets de la saga TWILIGHT et cela n'augurait rien de bon pour ce biopic. Hélas, on avait en partie raison de craindre le pire. On ne sait par où commencer. Tout d'abord, les deux acteurs principaux, Daniel Brühl et Benedict Cumberbatch, ne semblent pas bien intéressés par leur personnage ou alors ils ont du mal à saisir leur densité. Ils n'excellent en rien, sauf si l'on retient la chevelure de Cumberbatch, l'élément mémorable du film. A leurs côtés, un David Thewlis peu inspiré et qui peine à croire en son personnage. ENsuite, il y a le mutique et inexpressif Anthony Mackie, qui n'impressionne guère. Reste Carice Van Houten, qui a délaissé les habits rouges de Mélissandre dans GAME OF THRONES, qui se révèle assez convaincante, notamment grâce à son regard toujours à l'affût. 

Le deuxième point faible du film est sa mise en scène, scolaire, un peu documentaire, un peu plate et naîve, sans originalité ni inventivité. Passer deux minutes sur un écran d'ordinateur n'est en rien virtuose et Bill Condon semble rechercher la gloire avec ce biopic. Hélas, il ne cerne pas bien la définition de ce terme. En effet, il ne nous apprend guère de choses sur les deux héros, à part la petite amie et les parents de l'un et la folie créative de l'autre, et semble dérouler des situations qui se sont réellement déroulées sans la moindre ampleur scénaristique, sans le moindre talent narratif. Des scènes qui s’emboîtent les unes les autres jusqu'à un final incompréhensible et qui laisse perplexe sur la faculté de Condon à clore une histoire. Ainsi, le film n'est point passionnant, ne captive guère. La seule chose intéressante est sa description d'une nouvelle forme d'information mais également des dégats et des limites qu'elle rencontre. Enfin, lorsque Condon s'y penche un peu, on ressent l'envie de parcourir le film, de pardonner l'auteur pour ses fautes de narration. Il se livre dans un véritable portrait de l'information numérique et informatique, sur le web. 

C'est édifiant mais toute cette intrusion est bâclée par des scènes ridicules, comme celle de la rencontre entre les parents de Daniel et la figure qu'est Assange. Ainsi, Condon semble ne pas trouver son chemin, ne pas savoir quoi raconter, quoi cerner, quelle est l'information la plus cruciale et la plus utile au déroulement de son film. On s'y perd un peu, on ne comprend pas tout mais, en dehors d'un gros manque d'écriture et d'une mise en scène très simplette, le film peut avoir son intérêt : celui de dépeindre comment un mot tapé sur un clavier peut avoir des conséquences mondiales. Si Condon avait plus développé cette théorie et s'était moins contenté de montrer la rivalité entre deux personnalités opposées, qui est d'ailleurs peu maîtrisée et peu pertinente, on aurait apprécié davantage le film. Au lieu de cela, on a le droit à un biopic serré, un peu coincé, qui peine à prendre son envol et à devenir le vrai brûlot politique qu'il aurait pu être même si les intentions sont là et que tout n'est pas à rejeter. Une petite déception.

 Le Cinquième pouvoir
 Un film de Bill Condon
Avec comme interprètes Benedict Cumberbatch, Daniel Brühl, Alicia Vikander, Carice Van Houten, Anthony Mackie, David Thewlis, Stanley Tucci, Laura Linney... 
Durée du film 2h08
Genre du film Thriller 
Nationalité américaine
Distribué par Metropolitan FilmExport
Sorti en France le 4 Décembre 2013
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Hitchcock : Photo Anthony Hopkins, Helen Mirren, Scarlett Johansson
HITCHCOCK

De quoi ça parle ? : Alfred Hitchcock, réalisateur reconnu et admiré, surnommé « le maître du suspense », est arrivé au sommet de sa carrière. A la recherche d’un nouveau projet risqué et différent, il s’intéresse à l’histoire d’un tueur en série. Mais tous, producteurs, censure, amis, tentent de le décourager. Habituée aux obsessions de son mari et à son goût immodéré pour les actrices blondes, Alma, sa fidèle collaboratrice et épouse, accepte de le soutenir au risque de tout perdre. Ensemble, ils mettent tout en œuvre pour achever le film le plus célèbre et le plus controversé du réalisateur : PSYCHOSE.

Mais il est bien le film ? : Aucun film notable dans la carrière du réalisateur de ce biopic. Sacha Gervasi n'a donc pas marqué les mémoires et ce n'est pas avec ce dernier film qu'il touchera son but. En effet, ce HITCHCOCK est un biopic bien classique. Les lumières illuminent les visages des acteurs, les robes, les tables, les fauteuils, les voitures. C'en est trop. Insupportable mise en lumière. Ensuite, la mise en scène se révèle paresseuse. Elle se contente de suivre les acteurs, de parfois faire d'énormes gros plans sur Hitchcock et de repartir filmer des cous, des bras ou même des cheveux. Ensuite, le film a pris le parti pris de ne conter que le tournage de PSYCHOSE et cela est plutôt dangereux. Comme MY WEEK WITH MARILYN, le film n'a pas le temps de bien nous montrer qui est Hitchcock, quels sont ses problèmes, ses failles, ses réussites, ses désirs. Un traitement un peu vaseux et plutôt vague, qui en reste aux détails les plus connus. Cela s'avère donc académique et presque comme un rendez vous manqué car si le film avait traité de toute la carrière du grand cinéaste, il aurait été bien plus saisissant.

Le film en fait parfois trop. Les artifices pleuvent, l'académisme surplombe l'ensemble. Anthony Hopkins, dans le rôle du réalisateur, ne convainc guère. Il fait des petites mimiques souvent insupportables et inacceptables, semblant blâmer le réalisateur et ne lui rendant pas du tout hommage. Hopkins est dans la surenchère et ne semble pas trouver le juste milieu entre l'absence de l'écran et l'exagération permanente. C'est fort dommage. Ensuite, on est quelque peu agacé par l'histoire d'amour, qui sonne comme un soap américain, cette fois-ci pour personnes âgées. On s'ennuie à mourir et les tribulations respectives du couple Hitchcock ne sont point intéressantes. Inutiles sont les nombreuses scènes de compétition affective ou de crise conjugale. Cela en devient presque grotesque et un soupçon d'amusement naît chez le spectateur, sans vraiment savoir si cela est voulu ou non. Le film se révèle alors un peu comique, parfois trop peu fin dans l'émotion et surtout ridicule. Hormis l'académisme et le penchant pour le vaudeville bien américain et d'une platitude extrême, le film recèle de beaux moments et de beaux atouts.

Tout d'abord, signalons l'interprétation à l'unisson de ces chères actrices. Jessica Biel est juste en actrice connaissant les ficelles de son réalisateur. Scarlett Johannsson adopte un jeu délicat, doux et sucré pour un rôle étrange et malheureusement trop peu exploité mais chacune des apparitions de l'actrice redonne de la chair au film. Enfin, il y a Helen Mirren, poignante et stupéfiante en femme d'Hitchcock. Comme à son habitude, elle arrive à jouer entre émotion, consternation, patience et rapidité. Son jeu est tout simplement magnifique à observer. Ensuite, le film vaut la peine d'être vu pour son exploration des fantasmes de chaque cinéaste : ses actrices. Ainsi, ceux de Hitchcock sont bien cernés et exploités avec rigueur sans prendre trop de place. Il y a aussi la notion de la femme derrière le grand homme. Car, en effet, HITCHCOCK parle bien du couple et non du réalisateur. C'est quand il nous montre la femme du réalisateur, qu'ils nous dévoile ses secrets, ses convictions que le film devient le plus passionnant. Le film dénonce également le mode de vie modeste, c'est une première, des réalisateurs, jusque-là jamais montré sur un écran. C'est assez finaud, assez bien trouvé, assez réjouissant. Le tournage est assez bien décortiqué, les actrices sont fantastiques, de petites anecdotes bien pensées, des sujets différents bien traités mais un ensemble certes inégal et inachevé. Au final, on passe un moment distrayant mais guère inoubliable.

 Hitchcock
Un film de Sacha Gervasi
Avec comme interprètes Anthony Hopkins, Helen Mirren, Scarlett Johannsson, Jessica Biel, Danny Huston, Michael Stuhlberg, Toni Colette...
Durée du film 1h36
Genre du film Biopic
Nationalité américaine
Distribué par 20th Century Fox
Sorti en France le 6 Février 2013
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