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dimanche 16 mars 2014

CARNET CRITIQUES : un biopic pompeux et vain sur Renoir ou une magnifique histoire d'amitié sur fond de guerre des missiles de Cuba ?

Renoir : Photo Michel Bouquet, Vincent Rottiers
RENOIR

Fiche technique : Drame Français de Gilles Bourdos. Avec Michel Bouquet, Vincent Rottiers, Christa Theret, Thomas Doret, Hélène Babu, Romane Bohringer, Carlo Brandt, Stuart Seide... 1h50. Distribué par Mars et sorti en France le 2 Janvier 2013. César des meilleurs costumes.

De quoi ça parle ? : 1915. Sur la Côte d’Azur. Au crépuscule de sa vie, Auguste Renoir est éprouvé par la perte de son épouse, les douleurs du grand âge, et les mauvaises nouvelles venues du front : son fils Jean est blessé… Mais une jeune fille, Andrée, apparue dans sa vie comme un miracle, va insuffler au vieil homme une énergie qu’il n’attendait plus. Éclatante de vitalité, rayonnante de beauté, Andrée sera le dernier modèle du peintre, sa source de jouvence.
Lorsque Jean, revenu blessé de la guerre, vient passer sa convalescence dans la maison familiale, il découvre à son tour, fasciné, celle qui est devenue l’astre roux de la galaxie Renoir. Et dans cet éden Méditerranéen, Jean, malgré l’opposition ronchonne du vieux peintre, va aimer celle qui, animée par une volonté désordonnée, insaisissable, fera de lui, jeune officier velléitaire et bancal, un apprenti cinéaste…


Mais il est bien le film ? : Michel Bouquet est toujours vivant, même après 85 ans passés, et présent dans le cinéma français. Il prête ses traits au célèbre peintre Renoir. Saluons donc sa prestation, toute en retenue, en observation, en subtilité et en douceur témoignant d'une grande admiration pour le peintre. A ses côtés, on trouve la jeune Christa Theret, qui offre sa fraîcheur, sa beauté et son jeu imparable aux traits d'une jeune mannequin, qui veut devenir actrice. L'actrice, Theret, est pétillante, sensuelle et son visage éblouit. Elle livre une prestation charnelle et délicate. Face à eux, on remarque Vincent Rottiers, en fils du célèbre peintre et futur réalisateur. Le jeune acteur témoigne d'une sensibilité manquant un peu au film. Il nous offre un jeu tout en nuances, en non dits, en douleur et en finesse. Il porte le film sur ses épaules, n'en déplaise à Bouquet, car il a la vitalité et le ton nécessaires au rôle. On reconnaît à peine le jeune Thomas Doret (LE GAMIN AU VELO) en plus jeune fils de Renoir. Il est très pudique et son interprétation est à fleur de peau. Néanmoins, hormis ce casting impeccable, on ne voit pas grand chose à sauver dans ce biopic. En effet, le film se veut contemplatif avec ses beaux paysages, ses costumes fidèles à l'époque, ses tableaux somptueux et cette maison si accueillante et chaleureuse. Cependant, tout ici est vain. D'ailleurs, Bourdos semble ne pas saisir son histoire et le personnage de Renoir malgré l'interprétation de Bouquet. Le film se révèle assez vide, pas très passionnant, ni emballant. Au final, il n'en résulte qu'une accumulation de tableaux magnifiques dans un film trop bancal pour passionner, trop inabouti pour captiver. C'est un biopic très paresseux, académique, sans âme, sans ambitions si ce n'est de nous montrer que Renoir était bien l'un des meilleurs peintres. Jusque là, on est tous d'accord mais le film se révèle inutile et n'a surtout rien à dire comme à conter. Ce qui aurait pu être une belle leçon sur la famille n'est en fait qu'un exercice vain de reconstitution et surtout sans style malgré les acteurs. Une grosse déception.

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Ginger & Rosa : Photo Alice Englert, Elle Fanning
GINGER ET ROSA

Fiche technique : Drame anglais de Sally potter. Avec Elle Fanning, Allesandro Nivola, Alice Englert, Annette Benning, Christina Hendricks, Timothy Spall... 1h30. Distribué par Eurozoom et sorti le 29 Mai 2013 en France.

De quoi ça parle ? : Londres dans les années 1960. Ginger et Rosa, deux ados inséparables vivent ce moment unique du passage de l’enfance à l’âge adulte. Entre parano de la guerre froide et apprentissage de la liberté, révolution sexuelle et féminisme politique, blue jeans délavés et rock contestataire, cigarettes et premiers baisers, elles entrent en rébellion contre leurs mères, pour finir par se déchirer, irrémédiablement.

Mais il est bien le film ? : Sally Potter n'en est pas à son premier film mais celui-ci a tous les éléments pour faire penser le contraire. Tout d'abord, la réalisatrice filme avec une certaine fluidité et une certaine fougue ses personnages. Si le récit se révèle un peu lent et un peu basique, il ne faut pas se méprendre. En effet, GINGER ET ROSA ne cherche pas à gagner le prix du scénario. C'est en fait une histoire d'amitié fusionnelle qui finit dans les flammes et les larmes. Sur fond de naissance de la Guerre Froide assez bien traité et utilisé, Potter s'intéresse à la relation de Ginger et Rosa. Elles sont amies, et cela depuis le berceau. Leur amitié est indestructible sauf lorsque le père de l'une s'amourache de l'autre. La première partie vise à nous montrer cette amitié si puissante, si vivante, si crépusculaire et si réjouissante. La second nous montre la chute d'une amitié, la destruction de cette relation. Chacune brise l'autre mais l'une des deux plus que l'autre. GINGER ET ROSA devient fascinant dans son utilisation de la Guerre froide pour décrire un mal être adolescent. Ginger est perturbée : par cette amie qui couche avec son père, par ces missiles qui menacent d'être lancés, par cette guerre qui menace d'éclater et par la fin du monde qui menace d'arriver. En faisant le portrait de l'adolescence, Potter vise juste et signe un fort plaidoyer pour la liberté et d'expression et sexuelle. Néanmoins, le film reste sur son chemin principal : la perte de l'innocence, sujet principal du film, e surtout la déchirure entre ces deux adolescentes, autrefois si proches et si heureuses, à présent si tristes et si distantes. A la fin, elles ne se reconnaissent plus. Elles ont pris des voies différentes et c'est ce que le film veut nous montrer et il le fait avec justesse. Les parcours sont différents mais il faut savoir les accepter. Ensuite, GINGER ET ROSA rend compte d'une tragédie familiale. Cette tragédie atteint son summum dans un final éclatant et déstabilisant. Mais le film montre la rébellion de l'âge adolescent. Les deux jeunes filles se rebellent contre leur mère, rentrent tard, habitent ensemble, fument des joints et sortent avec des garçons. Cette libération est bien captée et ce avec douceur et mélancolie. La mélancolie hante d'ailleurs le film :  la mélancolie de l'enfance, la mélancolie de la séparation et de l'amour. Mais le film veut également montrer qu'il faut avancer dans la vie, comme cette Ginger, frappée par un drame, qui décide de vivre et de suivre sa voie. La jeune Elle Fanning, sensationnelle, livre une prestation magistrale entre dédain, joie, tristesse et soif de vivre. Face à elle, il y a un casting cinq étoiles, dont les interprètes sont tous impeccables dans leur rôle. Mais il y a surtout la jeune Alice Englert (SUBLIMES CREATURES) qui nous montre toute l'étendue de son talent : elle est écorchée, déchaînée, sensible et troublante. L'amitié entre les deux filles est passionnante dans sa fusion comme dans sa déchirure. Les deux actrices sont vraiment fusionnelles et sont pour beaucoup dans la réussite du film, qu'elles illuminent de part leur chevelure, leur visage multiémotionnel et leur charisme évident et tellement prometteur. Au final, GINGER ET ROSA est une magnifique histoire d'amitié, sur fond de guerre et de quête de liberté, saupoudrée avec un drame familial. Poignant, doux, pudique, modeste et lumineux. Une petite merveille.

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