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lundi 24 mars 2014

CARNET CRITIQUES : le nouveau duo américain qui fait sensation et le nouveau maître de la science fiction décryptés !

The East : Photo Alexander Skarsgård, Brit Marling
THE EAST

De quoi ça parle ? : Ancien agent du FBI, Sarah Moss travaille désormais pour une agence de renseignement privée qui protège les intérêts de puissants hommes d’affaires. Elle reçoit pour mission d’infiltrer The East, un mystérieux groupuscule éco-terroriste qui s’attaque aux multinationales coupables de dissimuler leurs agissements criminels. Déterminée, ultra entraînée, Sarah parvient à s’intégrer au groupe malgré leur méfiance, et doit même participer à leur prochaine action. Mais plus elle vit avec les membres passionnés de The East, en particulier Benji, l’anarchiste, plus elle se sent écartelée entre les deux mondes et s’interroge sur elle-même…

Mais il est bien le film ? : Brit Marling, deux ans avant ce film, avait déjà trouvé sa place dans le cinéma indépendant américain grâce à sublime prestation dans ANOTHER EARTH. Dans ce deuxième film de Zal Batmanglij, elle est une fois de plus parfaite. A la fois paisible, torturée, desséchée et vive, elle livre une prestation pleine de grâce et de nuances. Face à elle, il y a Alexander Skarsgaard, qui en impose avec sa stature, et qui se révèle stupéfiant, rien que par son regard et la fureur qui s'y trouve. On trouve également la jeune Ellen Page, très sage mais parfois très convaincante lorsqu'elle éclate de colère ou qu'elle tente de se montrer plus ouverte. Enfin, le jeune Toby Kebbell, après avoir joué dans des blockbusters sans âme, trouve avec THE EAST un véritable rôle à la mesure de son talent, entre fantaisie, attachement et rage. Patricia Clarkson, qui joue la méchante (en quelque sorte) s'en donne à coeur joie et pose son jeu troublant et charismatique sur la table.

Batmanglij a réussi à s'emparer d'un véritable sujet à thèse : la secte écoterroriste. Il y avait de quoi bavarder des heures sur le sujet autour d'une table mais le jeune cinéaste a essayé de redoser son film et surtout de le complexifier et de ne pas donner juste une vision du sujet. Ainsi, il s'intéresse aux doutes de l'héroïne qui, plus elle côtoie la secte, plus elle prend parti pour ses membres et pour leurs idéaux. Elle est troublée et sa psychologie est passionnante à observer, à cerner. Batmanglij ne néglige pas un détail sur son trouble et le film devient alors le portrait de la confusion des idéaux, de la prise de parole et de la remise en question de ses convictions. 

Le réalisateur se montre agréablement apte à filmer un groupe. Les jeunes acteurs y sont pour beaucoup mais sa caméra réussit à cerner l'esprit de la secte et à faire exister chacun de ses membres le temps d'une scène. La caméra nous fait explorer cette secte si délicate à comprendre, si complexe, si déchirée, si fragile et le réalisateur nous donne envie de les rejoindre ou mieux, nous les fait comprendre. Ce portrait d'une secte est vraiment brillant car la mise en scène se veut à la fois minimaliste, réaliste et efficace, notamment dans des scènes d'action, amplement maîtrisées et ayant une certaine personnalité propre au réalisateur. De plus, il s'avère extrêmement terrifiant quand il nous immerge dans la secte et, souvent dans les scènes de nuit, il réussit à transporter son film vers l'horreur comme le film anti-secte. Ainsi, la scène du souper, très originale, est complètement hallucinante, puisque les membres de la secte ne peuvent manger qu'avec leur bouche et se passer la cuillère. Cette scène, complètement inattendue et jubilatoire montre également la violence de la secte mais aussi ses principes et ses coutumes. La scène de la beuverie, où ils se saoulent, fait largement peur, notamment à cause des masques (qui font penser à ceux des Anonymous).  

En dehors du portrait de la secte, le film se veut politique et écologique. En dehors d'un climat haletant et toujours très tendu, le film proteste contre les abus faits à la nature comme aux pauvres citoyens. Le message prend par le coeur et notre conscience est mise à rude épreuve. THE EAST dénonce de nombreuses personnes, de nombreux groupes, de nombreuses façons de soigner des gens et dénonce une réalité universelle : l'homme a besoin de la nature pour survivre, traduit par le portrait d'un enfant victime d'un cancer causé par le fait qu'il buvait l'eau du robinet. Le film prend aux tripes, fait étonnamment réfléchir et risque de blesser certaines personnes. A la fois politique, provocateur, autoritaire, enragé, survolté mais construit et flamboyant, THE EAST devient un film révélateur et très instructif. Une bombe. 

 The East
Un film de Zal Batmanglij
Avec comme interprètes Brit Marling, Alexander Skarsgaard, Ellen Page, Toby Kebbell, Shiloh Fernandez, Aldis Hodge, Danielle Macdonald, Patricia Clarkson...
Durée du film 1h57
Genre du film Thriller
Nationalité anglo-américaine
Sorti en France le 10 Juillet 2013  
Distribué par 20th Century Fox

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Elysium : Photo Alice Braga, Matt Damon
ELYSIUM

De quoi ça parle ? : En 2154, il existe deux catégories de personnes : ceux très riches, qui vivent sur la parfaite station spatiale crée par les hommes appelée Elysium, et les autres, ceux qui vivent sur la Terre devenue surpeuplée et ruinée. La population de la Terre tente désespérément d’échapper aux crimes et à la pauvreté qui ne cessent de ne propager. Max, un homme ordinaire pour qui rejoindre Elysium est plus que vital, est la seule personne ayant une chance de rétablir l’égalité entre ces deux mondes. Alors que sa vie ne tient plus qu’à un fil, il hésite à prendre part à cette mission des plus dangereuses -  s’élever contre la Secrétaire Delacourt et ses forces armées – mais s’il réussit, il pourra sauver non seulement sa vie mais aussi celle de millions de personnes sur Terre.

Mais il est bien le film ? : Souvenez-vous. En 2009, sortait le très apprécié DISTRICT 9, du très prometteur Neill Blomkamp, à présent considéré comme le messie de la science-fiction et il a de quoi tenir son nom. En effet, Blomkamp est un génie. Dans ce nouveau film, le deuxième de sa carrière, il dresse le portrait d'un véritable monde dystopique, où les bandits sont partout, où la peur règne dans les rues mais où le désir et l'espoir de pouvoir s'envoler jusqu'à la station spatiale réservée aux riches est immense. C'est l'espoir que décrit le mieux le réalisateur. Un espoir de fou, comme dirait Gandalf. En effet, on peine à croire qu'ils vont y arriver, au vu de toutes leurs mésaventures et de leurs difficultés à simplement se cacher ou à résister à des droïdes. 

Blomkamp est donc un créateur très respecté et très saisissant. Le monde qu'il a créé est très réaliste mais saupoudré d'un peu de tristesse et de violence pour qu'il en devienne dystopique. Les droïdes chargés de maintenir l'ordre, les stations d'immigration, la lutte pour la liberté individuelle et d'expression. Tous ces thèmes sont portés par la mise en scène réaliste, infernale et dynamique d'un Blomkamp en pleine exploration de ses idées et qui les exploite avec une rare ampleur et une rare virtuosité. En effet, il maîtrise totalement son sujet et essaie de le rendre plus convaincant comme plus sophistiqué. On est saisi d'admiration par la beauté et l'imagination de Blomkamp pour réaliser sa station spatiale dans l'espace comme le gouvernement actuel, très sombre et très complexe. Enfin, les personnages ne sont pas des simples héros stéréotypés que l'on voit dans ce genre de films. Les femmes sont beaucoup plus fortes et meneuses que leurs confrères, elles ont plus d'assurance, plus de tact et plus de gugeotte surtout. Les hommes sont plus torturés, mis face à des défis, des décisions ou à des remises en cause. 

Pour cela, Blomkamp s'est offert un casting qui reste sa plus grande réussite. Matt Damon en oublie ses mimiques et forme un héros convaincant, à la mentalité pas si fade et si monotypée que cela. Alice Braga excelle dans le rôle d'une infirmière très sur les nerfs qui aide notre héros. La jeune actrice révèle une véritable sensibilité et une froideur très saisissante. Son regard dénonce tous les mots qui ne sont pas dits. Sharlto Copley est lui, phénoménal. Il joue un méchant plus troublant que jamais, on doute tout le temps de sa position. Il livre une prestation animale, agressive et monumentale. Il y a aussi Jodie Foster, très à l'aise et surtout plutôt fantastique en femme politique aux idéaux bien affirmés, à la personnalité un peu cruelle. Ainsi, le casting offre aux personnages de véritables interprétations, construites, cruciales. Le film recèle également de magnifiques images de déserts, de villages ou de stations hôtellières dans l'espace. On est émerveillés.

Si ELYSIUM est un film de science fiction intelligent, complexe et très éducatif, porté par des acteurs formidables ayant des personnages touchants et solides à jouer et que le désir de ne pas montrer un héros parfait est une bonne surprise, le film pêche dans sa dernière demi heure. En effet, l'esprit politique, social, révolutionnaire perd de son ampleur et perd son âme au profit de scènes d'action bien filmées mais faisant perdre au film toute sa générosité, sa force et son symbolisme. Un film de science fiction très réussi malgré une fin un peu légère et pas très finaude, basée sur les effets spéciaux et non plus sur la réflexion comme le film l'était au départ. 

 Elysium
Un film de Neill Blomkamp
Avec comme interprètes Matt Damon, Sharlto Copley, Diego Luna, Alice Braga, Jodie Foster, Faran Tahir, William Fichtner, Wagner Moura...
Durée du film 1h50
Genre du film Film de science-fiction
Nationalité américaine
Sorti en France le 14 Août 2013
Distribué par Sony Pictures
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